Le dirigeable España, un pionnier de l'aviation française vendu à l'Espagne en 1910
Le savez-vous ? Le 15 janvier 1910, aux temps héroïques des débuts de l'aviation, le premier des grands aérostats français vendus à l'Espagne arrivait à Pau pour y effectuer des essais. Le 11 février 1910, le dirigeable España, piloté par M. Kapferer, effectuait sa première sortie, d'une durée de quarante minutes, en survolant la capitale béarnaise.
Les origines françaises du dirigeable
Le dirigeable est une invention tricolore. C'est en 1852 qu'un ingénieur français, Henri Giffard, conçoit et fait voler le premier ballon dirigeable. Équipé d'un moteur et d'une hélice, il rallie Paris à Saint-Quentin en Yvelines. Créés près de 50 ans plus tard, en 1899, par l'ingénieur aéronaute français Édouard Surcouf (1862-1938), les Ateliers aéronautiques Édouard Surcouf s'implantent à Boulogne, une commune à l'ouest de Paris. Ils vont jouer un rôle de tout premier plan dans le développement de ce nouveau mode de transport.
Ils construisent leur premier dirigeable pour la société Lebaudy Frères en 1902, Le Jaune, premier aérostat de la longue série (Astra I). Il est suivi des dirigeables Ville de Paris. Lors de son vol inaugural en décembre 1904, le premier d'entre eux est victime d'un grave accident. Pas question pour la société de rester sur un échec. Le deuxième Ville de Paris (Astra II) effectue son vol libre en 1906 et bat un record le 20 novembre 1907, en s'élevant dans les airs pendant 1h45. Il est piloté par Henry Kapferer.
L'essor des Ateliers Astra
Surcouf se tourne vers son principal client et financier Henry Deutsch de la Meurthe et, le 1er janvier 1908, ses Ateliers sont renommés par le nouveau propriétaire Société de Constructions Aéronautiques Astra, qui deviendra la Société Astra de constructions aéronautiques. Le projet est celui d'une diversification. Deutsch de la Meurthe achète les brevets Wright pour la France et fait produire des avions sous cette licence, mais aussi des modèles propres tel le CM. Surcouf se voit entouré d'ingénieurs en aéronautique, parmi lesquels Henry Kapferer, qui deviendra administrateur général, lui-même étant directeur technique pour les dirigeables.
Sortent des ateliers Astra des dirigeables innovants, tels que le Ville de Bordeaux qui est exposé en 1908 au Salon de l'aéronautique de Paris au Grand Palais, mais qui ne volera pas et sera même détruit. En 1909, ce seront le dirigeable Ville de Nancy (Astra III) puis le Clément Bayard (Astra IV), le Colonel Renard (Astra V), commande de l'armée française, et son jumeau l'España (Astra VI).
Le dirigeable España et son arrivée à Pau
Commande de l'armée espagnole, l'Astra VI, voit le jour en 1909. Après avoir effectué ses essais sur l'aérodrome de Beauvais à partir d'octobre, il rejoint son port d'attache provisoire, à Pau, le 15 janvier 1910, au domaine de Sers. Le premier dirigeable acheté par le gouvernement espagnol, l'España est installé au Pont-Long pour y effectuer de nouveaux essais et former deux pilotes de l'armée, avant de rejoindre son port d'attache espagnol, à Guadalajara, au centre du pays, en février suivant.
Le Ville de Pau-Ville de Lucerne (Astra VII) sortira en 1910, avec cinq autres dirigeables de cette série dont le dernier, l'Astra XIII. Le deuxième dirigeable espagnol est construit dans les ateliers Astra d'Issy-les-Moulineaux par l'ingénieur Leonardo Torres Quevedo (1852-1936), ingénieur en chef du Corps des Ponts et Chaussées de son pays, sort en 1911, sous le nom Astra-Torres. Long de 47,72 mètres de long, il fait 8,4 mètres de diamètre, 1 590 mètres cubes, et il est propulsé par deux moteurs Chenu de 55 chevaux-vapeur.
L'âge d'or des dirigeables et leur renaissance
En 1910, la première compagnie commerciale de transport aérien régulier, la DELAG, voit le jour en Allemagne. Elle transportera plus de cent mille passagers avec des dirigeables, jusqu'au début de la première guerre mondiale, en 1914. En 1913, les ex-établissements Surcouf ont déjà produit douze dirigeables. Durant la Première Guerre mondiale, ils continuent d'en produire, fournissent du matériel de guerre et fabriquent des ballons d'observation. Après la Grande Guerre, la société continuera de produire des dirigeables, profitant de son expérience du gigantisme. Le marché n'est plus militaire mais celui du transport de luxe.
Le crash du dirigeable Hindenburg, le géant des airs allemand qui s'écrase le 6 mai 1937, dans le New Jersey, et s'embrase avec 35 personnes à bord, sonne pour quelques décennies la fin de l'utilisation des dirigeables pour le transport. Mais les voilà de retour sur le devant de la scène. Aujourd'hui, la plupart des dirigeables sont gonflés à l'hélium, un gaz inerte, donc incombustible et non-toxique. Réchauffement climatique oblige, ils pourraient constituer une solution décarbonée pour l'aviation. Plus silencieux, plus économiques et plus écologiques que les avions traditionnels, ils font l'objet de nombreux projets en cours de développement, dont celui de Flying Whales, à Laruscade, en Gironde.



