Blocage d'Ormuz : les industries gazo-intensives françaises sous pression énergétique
Industries françaises sous pression après blocage d'Ormuz

Industries françaises sous pression après le blocage du détroit d'Ormuz

Cimenteries, verreries, usines agroalimentaires, plateformes chimiques : partout où les fours tournent au gaz et où le pétrole sert aussi de matière première, la note énergétique explose depuis le blocage du détroit d'Ormuz. Si l'économie française globale est moins dépendante du gaz que celle de l'Allemagne ou de l'Italie, ces secteurs très « gazo-intensifs » subissent de plein fouet la flambée des cours des énergies fossiles provoquée par la guerre en Iran.

Des contrats long terme qui arrivent à expiration

« Les plus grands industriels avaient sécurisé une partie de leurs besoins jusqu'à fin 2027 via des contrats long terme », explique Nicolas de Warren, président de l'Union des industries utilisatrices d'énergie. « Mais beaucoup d'autres verront leurs coûts de production grimper dès le prochain trimestre, au rythme de l'expiration de leurs couvertures. » Certaines entreprises pourront répercuter ces hausses sur leurs prix de ventes.

D'autres risquent d'être prises en étau, notamment dans l'agroalimentaire où les négociations commerciales annuelles entre industriels et distributeurs, bouclées le 1er mars, sont censées figer les prix pour les mois à venir.

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L'industrie chimique prise sous un feu croisé

« La chimie européenne n'a fait que prendre des coups depuis 2022 », constate Alix Deschamps, PDG de WeylChem. Depuis quatre ans, le secteur peine à retrouver son souffle, miné par une compétitivité en berne face à des concurrents asiatiques et américains mieux lotis sur le plan énergétique.

Les taxes douanières de Donald Trump et les surcapacités de production chinoises, qui amènent les entreprises de ce pays à casser les prix, n'ont rien arrangé. « La guerre en Ukraine a allumé la mèche, et le blocage d'Ormuz risque d'éteindre définitivement certaines usines », prévient le patron de WeylChem, seule usine au monde – en dehors de la Chine – à produire de l'acide glyoxylique, ingrédient clé de la vanilline synthétique, du carton recyclé ou de certains antibiotiques.

Pour le secteur de la chimie, c'est la double peine. Non seulement les hydrocarbures interviennent dans les procédés comme source d'énergie, mais ils constituent également des matières premières essentielles dans la fabrication de :

  • matières plastiques
  • engrais
  • peintures
  • colles industrielles

Grosse émettrice de gaz à effet de serre, la chimie n'en reste pas moins un maillon stratégique de l'économie française : 24 000 recrutements l'an dernier, une part importante des exportations tricolores… France Chimie résume la situation : « Si la chimie décroche, c'est toute la chaîne industrielle – de la pharmacie aux batteries – qui vacille. »

Inquiétudes dans l'industrie papier et carton

Du côté de l'industrie papier et carton, « on anticipe des impacts mais j'attends les résultats de l'enquête que nous avons lancée cette semaine auprès de nos adhérents pour estimer l'ampleur exacte » explique Paul-Antoine Lacour.

Le délégué général de Copacel, syndicat de l'industrie papetière française, craint, en plus de l'augmentation des coûts des productions, un effet inflationniste : « Si les hydrocarbures et le transport maritime coûtent plus cher, ce sont toutes les marchandises (biens de consommation électroniques, denrées alimentaires, etc.) qui vont voir leurs prix augmenter. » Et donc, si les gens consomment moins parce que leur pouvoir d'achat diminue, il y aura moins de besoins d'emballages. Or, les emballages cartonnés représentent 10 % de notre chiffre d'affaires.

Un appel à ne pas céder au catastrophisme

Les établissements financiers, eux, appellent à ne pas céder trop vite au catastrophisme. « Notre scénario central, à ce stade, reste celui d'une désescalade au Moyen-Orient et d'un déblocage du détroit d'Ormuz dans les prochaines semaines », explique Isabelle Mateos y Lago, cheffe économiste du groupe BNP Paribas. « Dans cette hypothèse, l'impact de cet épisode sur l'économie française dans son ensemble, comme sur les secteurs les plus gazo-intensifs, resterait limité. »

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Les réactions relativement mesurées des marchés montrent d'ailleurs que les investisseurs partagent pour l'instant cette lecture. Reste à savoir si le réel confirmera ce pari optimiste face à une situation géopolitique toujours tendue au Moyen-Orient.