L'industrie européenne face au rouleau compresseur chinois : une menace existentielle
Industrie européenne menacée par la compétitivité chinoise

L'industrie européenne sous la menace chinoise : un rapport alarmant

Le Haut-Commissariat au plan a récemment publié un rapport intitulé « L'industrie européenne face au rouleau compresseur chinois », qui dresse un constat particulièrement préoccupant sur la compétitivité industrielle du Vieux Continent. Cette analyse confirme et approfondit les conclusions d'une étude de Rexecode publiée en novembre dernier sous la signature de Célia Colin.

Les piliers de l'hypercompétitivité chinoise

Selon ces travaux, l'avantage compétitif chinois repose sur plusieurs facteurs structurels :

  • Un écart de 67% sur la rémunération brute du travail par rapport à la zone euro
  • Une productivité du travail qui a explosé de 27% depuis 2019, alors qu'elle stagne en Europe
  • Un coût de l'énergie favorable, avec un prix de l'électricité industrielle représentant la moitié de celui pratiqué dans l'Union européenne
  • Des infrastructures logistiques modernes et performantes, incluant des ports parmi les plus efficaces au monde et 50% de la construction navale mondiale
  • Des subventions massives, trois à quatre fois supérieures aux aides européennes en pourcentage du PIB

À ces éléments s'ajoutent la manipulation du taux de change avec un renminbi sous-évalué de 50% en parité de pouvoir d'achat, ainsi qu'un modèle économique basé sur le surinvestissement, la sous-consommation et l'excès d'épargne.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Des conséquences commerciales dramatiques

Le résultat de cette compétitivité agressive se traduit par un écart de coût de production de l'ordre de 30% pour des produits de qualité égale, voire supérieure. Depuis 2020-2021, la divergence s'est accentuée : les prix à la production des produits industriels européens ont augmenté de 15% tandis que ceux des produits chinois ont baissé de 7%.

Cette dynamique se reflète dans les échanges commerciaux bilatéraux. L'excédent commercial de la Chine avec l'UE a plus que doublé entre 2019 et 2025, passant de 165 à 360 milliards d'euros. Cette évolution résulte d'une stagnation des exportations européennes vers la Chine et d'une explosion de près de 50% des exportations chinoises vers l'UE depuis 2019.

Une vulnérabilité sectorielle inquiétante

La partie analytique du rapport, dirigée par l'économiste Thomas Grjebine du Cepii, révèle la vulnérabilité des différents secteurs industriels européens. L'avantage coût de production de la Chine atteint en moyenne 30 à 40%.

L'Allemagne est particulièrement touchée au cœur de son économie industrielle, avec 36% de ses exportations vers les pays tiers et 68% de sa production domestique menacées dans les secteurs automobile et machines-outils. Pour la France, ces proportions s'élèvent respectivement à 26% et 36%, et pour l'Italie à 25% et 58%.

Le cas allemand est particulièrement préoccupant. Après avoir longtemps cru à l'eldorado du marché chinois avec une balance commerciale légèrement déficitaire, l'Allemagne subit depuis 2025 une explosion de son déficit due à une hausse de 70% des importations, accompagnée d'une érosion de 20% de ses exportations.

Des propositions controversées et dangereuses

Face à cette situation, Clément Beaune propose des mesures radicales, notamment un droit de douane général de 30% spécifiquement appliqué aux produits chinois ou une dévaluation de 20 à 25% de l'euro par rapport au renminbi. Ces propositions sont vivement critiquées car elles violeraient les règles de l'OMC et pourraient déclencher des rétorsions chinoises massives, potentiellement jusqu'à un embargo sur les terres rares et les batteries.

Quatre leviers pour une riposte européenne

Face à cette prédation chinoise, plusieurs catégories de mesures cumulables sont envisageables :

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale
  1. Une utilisation renforcée des instruments existants de défense commerciale, comme l'antidumping, l'antisubvention et la clause de sauvegarde, avec un renforcement des effectifs de la DGTRADE de la Commission européenne.
  2. L'utilisation des nouveaux instruments anticontournement, anticoercition et de contrôle des subventions extérieures.
  3. L'ajout de nouveaux instruments compatibles avec l'OMC, comme la soumission des investissements chinois en Europe à des joint-ventures minoritaires avec transfert de technologies obligatoires.
  4. La remise en question du Green Deal, dont les paramètres contribuent à détruire la compétitivité de l'industrie automobile européenne.

Un chemin difficile mais nécessaire

La solution réside dans la construction d'une grande coalition entre les États-Unis, l'UE, le Japon et d'autres partenaires pour forcer la Chine à modifier son modèle économique déséquilibré. Cependant, cette approche se heurte aux politiques protectionnistes de Donald Trump, qui jouent en réalité le jeu de Pékin.

L'Europe se trouve à un carrefour décisif. Sans créativité, détermination et volonté politique, elle risque de ne pas pouvoir s'extraire de la situation difficile dans laquelle la compétitivité chinoise l'a placée. Le rapport du Haut-Commissariat au plan sonne l'alarme, mais c'est maintenant aux décideurs européens d'agir avec pragmatisme et dans le respect des règles multilatérales qui ont jusqu'à présent structuré le commerce international.