La réindustrialisation française face aux défis administratifs et territoriaux
Depuis le milieu des années 2010, l'industrie française a cessé de perdre du terrain et s'est stabilisée de manière significative. En 2024, elle représente 11 % de l'économie nationale et, selon les projections pour 2025, 12 % de l'emploi salarié. Cette stabilisation marque un tournant après des décennies de déclin relatif, mais la France reste en retard par rapport à ses voisins européens, notamment l'Allemagne où l'industrie manufacturière représente 17 % du PIB.
L'ambition de rattrapage sous l'ère Macron
Les gouvernements successifs sous la présidence d'Emmanuel Macron ont affiché un objectif clair : réindustrialiser le pays pour combler l'écart avec les économies européennes les plus performantes. Pour soutenir cette ambition, des fonds publics considérables ont été mobilisés. Entre 2020 et 2022, ce sont 26,8 milliards d'euros par an qui ont été consacrés au soutien de l'industrie, dont environ 1 % sous forme d'aides publiques directes versées par les collectivités locales.
Les recommandations de la Cour des comptes
Dans son rapport public annuel 2026 publié ce mercredi 25 mars, la Cour des comptes formule des recommandations précises pour accélérer cette dynamique. L'institution appelle à « faciliter l'implantation de projets industriels dans les territoires » en allégeant la charge administrative qui pèse sur les industriels. Les Sages de la rue Cambon pointent du doigt la complexité des démarches : « les démarches administratives sont nombreuses et les interlocuteurs multiples ».
Selon leurs observations, un industriel obtient en moyenne l'ensemble des autorisations nécessaires au lancement d'un projet complexe en 17 mois, ce qui dépasse les délais prévus par la loi. La Cour insiste également sur la nécessité de créer un « environnement local favorable » à l'installation des entreprises, en renforçant l'attractivité des territoires.
La problématique du foncier et de la gouvernance
Pour parvenir à ses objectifs de réindustrialisation, l'État estime nécessaire de trouver 22 000 hectares supplémentaires de foncier d'ici 2030. Depuis 2022, des signes positifs émergent : 16 régions sur 18 affichent un solde net positif d'ouvertures ou d'extensions de sites industriels, et 4,5 % des surfaces artificialisées sont désormais consacrées à l'industrie.
La Cour des comptes souligne cependant les difficultés de gouvernance qui persistent : « les difficultés de gouvernance peuvent être longues à surmonter sur des territoires morcelés ou manquant d'ingénierie ». L'institution recommande une meilleure coordination des interventions publiques entre l'État, ses opérateurs, les collectivités territoriales et les fonds européens.
Les sites « clés en main France 2030 »
Une initiative concrète illustre cette volonté de simplification : les sites « clés en main France 2030 ». Il s'agit de terrains, bâtis ou non, disponibles immédiatement pour accueillir un projet industriel, assortis d'aides supplémentaires et de procédures administratives accélérées. En mars 2026, 44 sites « clés en main » sont ainsi disponibles aux quatre coins de l'Hexagone.
Le défi de la main-d'œuvre qualifiée
Au-delà des questions administratives et foncières, la Cour des comptes identifie un autre obstacle majeur : la formation d'une main-d'œuvre spécialisée. Les tensions de recrutement demeurent élevées, avec des difficultés persistantes d'insertion des personnes formées et une inadéquation entre les formations des jeunes, notamment en ingénierie, et les besoins en qualification des entreprises.
L'institution insiste sur l'importance de « former une main-d'œuvre pour les besoins spécifiques des industriels » et d'« anticiper ces besoins à l'échelle d'un bassin d'emploi ». Elle recommande également une meilleure coordination des dispositifs d'accompagnement, qui couvrent actuellement différentes étapes de la vie d'une entreprise et plusieurs thématiques (financement, gestion, robotisation, intelligence artificielle), mais manquent parfois de lisibilité pour les entreprises.
La santé de l'industrie française dépend certes de facteurs économiques traditionnels comme la demande, les coûts de production ou la concurrence, mais les territoires ont un rôle crucial à jouer en renforçant leur attractivité. Comme le conclut le rapport, « les interventions publiques doivent être coordonnées pour favoriser l'attractivité des territoires », un impératif pour réussir la réindustrialisation du pays.



