Le patron d'Airbus défend l'avion à hydrogène et interpelle l'Europe sur ses programmes de défense
Malgré un contexte de recul des politiques environnementales et un certain pessimisme au sein de la filière aéronautique française, Guillaume Faury, le président directeur général d'Airbus, affiche une confiance inébranlable dans le développement de l'avion à hydrogène. Il estime que cette technologie sera une réalité commerciale dès la seconde moitié du XXIe siècle, contredisant ainsi les projections plus lointaines d'autres acteurs du secteur.
Une conviction ferme pour la décarbonation de l'aviation
« Nous, on y croit sérieusement, on y travaille, et on y voit un horizon commercial beaucoup plus rapproché que cela », a déclaré Guillaume Faury. Il insiste sur l'importance cruciale de la décarbonation de l'aviation et identifie l'hydrogène vert comme la solution technologique clé pour y parvenir. Le dirigeant souligne cependant la nécessité impérative de développer un écosystème complet, englobant la fabrication, la production et la distribution d'hydrogène décarboné.
Il reconnaît que les tensions géopolitiques actuelles ont relégué ce sujet au second plan, mais rappelle que de nombreuses autres industries en ont également besoin. « Il n'est pas exclu que les choses repartent dans l'autre sens, parce que le réchauffement climatique est en cours », ajoute-t-il, prédisant que cette technologie « va prendre son envol dans la deuxième partie de ce siècle ».
Un appel pressant à la clarification des projets de défense européens
Parallèlement, Guillaume Faury lance un appel clair aux États membres impliqués dans les grands programmes de défense européens en difficulté, notamment le Système de Combat Aérien du Futur (Scaf) et le programme de drone Eurodrone. Il les exhorte à prendre des décisions fermes pour qu'Airbus puisse s'adapter rapidement.
Concernant le Scaf, programme mené avec la France, l'Allemagne et l'Espagne, le PDG d'Airbus explique que la phase de construction du démonstrateur devient complexe. « Cela devient plus compliqué sur qui fait quoi, qui se retrouve dépendant de l'autre, qui apporte quelles technologies et comment il les protège », détaille-t-il. Il évoque les interrogations sur les coopérations futures, que ce soit avec le Royaume-Uni, l'Italie, la Suède ou en solo.
« Ce n'est pas à moi à répondre à cette question. Nous, on travaille déjà beaucoup avec Leonardo, on travaille beaucoup avec BAE Systems [...] On travaille moins avec Saab », précise-t-il, tout en soulignant la nécessité de définir un scénario clair : un avion en commun, des composants partagés ou des développements séparés.
L'Eurodrone face aux incertitudes françaises
Alors que des rumeurs circulent sur un possible retrait de la France du programme Eurodrone, Guillaume Faury adopte une posture pragmatique. « On n'entend pas la même chose de chacun de nos clients sur l'Eurodrone », constate-t-il. Il indique qu'Airbus respecterait une décision de la France de quitter le programme ou de réduire sa participation, estimant que c'est une discussion à avoir entre clients étatiques.
Le dirigeant assure qu'Airbus s'organiserait pour permettre aux autres pays partenaires de poursuivre le projet. Sa principale préoccupation réside dans les retards et les surcoûts engendrés par les changements d'hypothèses en cours de route. « Quand on change les hypothèses en cours de route sur ces deux programmes, beaucoup plus sur le Scaf que sur l'Eurodrone, on perd du temps, on perd de l'argent, on est moins efficace », déplore-t-il, appelant à plus de stabilité et de clarté dans les engagements européens.



