Une bataille politique autour des prix de l'immobilier
À Saint-Jean-de-Luz, la campagne électorale s'est intensifiée autour d'un sujet brûlant : le projet immobilier Belaia dans le quartier populaire Fargeot. Le maire Les Républicains Jean-François Irigoyen et son challenger de centre droit Manuel de Lara, anciens collègues sous l'ère Peyuco Duhart, s'affrontent avec virulence sur les prix des futurs appartements.
L'attaque de Manuel de Lara sur les tarifs élevés
Manuel de Lara a lancé les hostilités sur les réseaux sociaux, reprenant ses déclarations au journal Sud Ouest. Il a dénoncé des appartements vendus entre 9 000 et près de 14 000 euros le mètre carré, situés au pied de la voie ferrée. « Difficile d'y voir une réponse au logement des classes moyennes luziennes », a-t-il affirmé.
L'opposant a précisé que 20 logements sont commercialisés dans cette fourchette tarifaire, allant d'un T2 à 420 000 euros jusqu'à un T4 à 1,4 million d'euros. Le plus cher au mètre carré serait un T4 vendu à 13 922 €/m², soit 1,24 million pour 89 m² avec un balcon de 22,44 m².
La contre-attaque de Jean-François Irigoyen
Le maire a immédiatement répliqué avec des termes forts, qualifiant ses détracteurs de « candidats populistes » pratiquant « l'outrance » et la « démagogie ». « Sur un sujet aussi sensible que le logement, les Luziens méritent mieux que des opérations de désinformation », a-t-il insisté.
Jean-François Irigoyen a défendu une vision plus globale du projet Belaia, qui comprend 94 appartements au total. Il a souligné que 80% des logements seraient réellement accessibles aux habitants de Saint-Jean-de-Luz, avec une répartition précise :
- 47 habitations en locatif social (50%)
- 19 en accession sociale via Bail réel solidaire à 3 000€/m² (20%)
- 8 en accession privée à prix maîtrisés à 5 500€/m² (10%)
Les 20 logements critiqués ne représenteraient ainsi que 20% du projet, et seulement 9 dépasseraient les 10 000 euros le mètre carré. « Ce sont ces derniers qui permettent d'équilibrer financièrement l'opération et de rendre possible la création de 80% de logements réellement accessibles », a argumenté le maire.
La proposition de clause de mixité sociale
Manuel de Lara a répondu en proposant l'instauration d'une clause de mixité sociale similaire à celle mise en place à Bayonne. Cette mesure imposerait 50% de logements sociaux et 25% de logements à prix maîtrisés (4 200€/m² maximum). « C'est un levier efficace pour équilibrer le marché immobilier », a-t-il écrit sur Facebook, ajoutant que cela « évite que les promoteurs soient soumis au diktat des vendeurs de foncier et limite l'envolée des prix ».
Les accusations mutuelles et les votes passés
Jean-François Irigoyen, qui revendique « près de 500 logements réalisés » durant son mandat, a accusé son concurrent d'utiliser cette polémique comme « un écran de fumée ». Il a élargi ses critiques à l'ensemble des oppositions municipales, affirmant qu'elles « ont voté contre les projets à destination des classes modestes et des classes moyennes ».
Cette affirmation a cependant été contestée. Pascal Lafitte, chef de file de Donibane Bizi (émanation d'Herri Berri), a rappelé que son groupe avait approuvé le lancement de la résidence intergénérationnelle « Bihotzez » lors du conseil municipal du 2 juillet 2021. « On l'avait voté sans problème, puisqu'il figurait sur notre programme électoral ! », s'est-il offusqué.
Quant à Manuel de Lara, il s'était abstenu ce même jour avant de valider les étapes suivantes du projet. Concernant le projet de l'ancienne gendarmerie, il explique son absence au scrutin du 12 décembre dernier : « Je ne pouvais pas voter contre ce projet de logement social, mais je ne pouvais pas non plus cautionner un dossier entaché d'irrégularités ».
Les solutions proposées par l'opposition
Pascal Lafitte a présenté sa propre analyse de la polémique Belaia. Selon lui, les « prix irrationnels » des 20 logements des derniers étages résultent du coût du foncier privé répercuté par le promoteur. Il propose deux solutions pour contrer cette logique économique :
- Une politique d'acquisitions foncières à l'échelle municipale pour maîtriser les coûts
- Un plafonnement des prix du mètre carré au plan national, en collaboration avec le député Peio Dufau
« On travaille avec le député Peio Dufau, pour un plafonnement des prix du m². On demande un droit à l'expérimentation à l'échelle de l'Agglomération Pays basque », a-t-il déclaré.
Cette polémique révèle les profondes divergences entre les différentes forces politiques de Saint-Jean-de-Luz sur la question du logement accessible. Alors que les élections approchent, le débat sur la mixité sociale et la régulation des prix immobiliers promet de rester au cœur des discussions.



