Les sirops français, un succès mondial méconnu qui dépasse le vin et les macarons
Les sirops français, un succès mondial méconnu

Les sirops français, un succès mondial méconnu qui dépasse le vin et les macarons

Lorsqu'on évoque les produits français qui triomphent à l'international, l'esprit s'oriente spontanément vers le vin, les macarons ou la baguette. Pourtant, un autre ambassadeur gastronomique, plus discret, conquiert méthodiquement les étagères des établissements du monde entier. Il s'agit des sirops français, dont les marques emblématiques comme Monin, Giffard et 1883 rayonnent des coffee shops de Séoul aux bars à cocktails de Dubaï, en passant par les brunchs de Melbourne et les festivals finlandais.

Un héritage centenaire et une expansion mondiale

Fondées bien avant la Première Guerre mondiale, ces entreprises familiales possèdent un héritage séculaire. Monin a vu le jour en 1912 à Bourges, 1883 en 1883, Giffard en 1885, et Routin pratique le métier de maître sirupier depuis 142 ans. Elles n'ont pas attendu la mode contemporaine des boissons aromatisées pour développer leur expertise. Alors que le monde découvre aujourd'hui les cocktails sophistiqués et les cafés parfumés, la France bénéficie d'un siècle d'avance en la matière.

L'excellence française repose sur des fondamentaux solides. Historiquement, les consommateurs privilégiaient les sirops basiques comme la menthe ou la grenadine, mélangés à de l'eau ou de la limonade. Désormais, la tendance s'oriente vers des saveurs plus sucrées et réconfortantes, propulsées par l'essor planétaire des coffee shops. Ces établissements ont démocratisé les boissons chaudes aromatisées, qu'il s'agisse de café, de matcha ou de thé.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Une adaptation aux marchés internationaux

L'expansion dans le monde anglo-saxon a été cruciale, s'adaptant à des habitudes de consommation éloignées de l'espresso traditionnel. « Les entreprises françaises ont commencé à s'exporter dans les années 1990. C'est logique, car cela correspond au démarrage des boissons aromatisées à l'international, notamment des cafés à la vanille et des grands cafés au lait », explique Loïc Couilloud, président du Syndicat français des sirops.

Monin, présent dans plus de 150 pays, illustre cette stratégie globale. Avec sept sites de production répartis à Reno (États-Unis), Kuala Lumpur (Malaisie), Shanghai (Chine) et ailleurs, le groupe emploie plus de 1 200 salariés et génère un chiffre d'affaires avoisinant 600 millions d'euros. « 90 % de notre chiffre d'affaires se fait hors de France. Nous produisons localement pour le marché global. L'usine américaine fabrique et distribue sur place, tandis que pour l'Afrique, l'approvisionnement passe par l'Hexagone », détaille Paul Clément-Collin, chef de projet éditorial chez Monin. « Nous nous adaptons aussi aux préférences locales : l'Allemagne a un goût exclusif évoquant un dessert, et les États-Unis proposent des sirops energy boost ».

Giffard réalise quant à elle 85 à 90 % de son chiffre d'affaires à l'export. Edith Giffard souligne : « Les parfums s'adaptent aux marchés. À l'étranger, le sirop n'est pas consommé uniquement avec de l'eau ; il est considéré comme un ingrédient majeur et différenciant, valorisé comme tel ».

Un savoir-faire français unique

Ce succès ne se réduit pas à une simple tendance éphémère. Les sirupiers exportent depuis des décennies grâce à un savoir-faire distinctif. « Les sirops français sont des sirops d'excellence. En France, la fabrication impose l'utilisation de jus de fruits, contrairement aux sirops américains. Pour les saveurs gourmandes, nous travaillons avec des assemblages d'arômes », précise le président du syndicat.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Un marché français dynamique malgré les défis

L'explosion des coffee shops, bars à cocktails et bubble teas a transformé la consommation de sirops. Cependant, toutes les entreprises ne surfent pas sur cette vague. Teisseire, en difficulté financière, ferme son site de Crolles (Isère) et supprime près de 170 postes. « Confrontée à une situation économique extrêmement difficile, sans perspective d'amélioration », la marque justifie cette décision. Pour Loïc Couilloud, cela ne reflète pas un manque de développement : « Les chiffres de Teisseire étaient très bons en 2025. Il ne faut pas confondre problématique de consommation et problématique d'actionnariat ». La production est désormais confiée à l'usine normande Slaur Sardet, partenaire de Carlsberg.

Le marché français reste globalement dynamique, « suffisamment grand pour des entreprises dont c'est le métier d'origine », affirme le président des sirupiers. Avec 1883, il domine, aux côtés de Monin, le marché mondial. « Je me considère historiquement comme un opérateur du marché français, car j'ai encore beaucoup de volume en France. Teisseire, malheureusement, n'est plus française et cible principalement le marché local », analyse-t-il.

Innovation et recrutement pour l'avenir

Pour rester compétitives, les marques innovent et investissent. « Monin va ouvrir une nouvelle usine en Inde, une zone de consommation importante, et bientôt une autre en France », révèle Paul Clément-Collin. La force de la France réside aussi dans son maillage territorial de maîtres sirupiers : Monin dans le Centre, 1883 en Savoie, Giffard à Angers, Bigallet en Isère... Chaque région a sa marque, évoquant des souvenirs de bouteilles de menthe ou de grenadine.

Le secteur recrute activement. « Nous devons faire connaître notre métier de maître sirupier et recruter. Nous ne sommes pas souvent près des grandes villes, mais nous avons besoin de professionnels en marketing, commerce, et d'ingénieurs en recherche et développement », insiste Loïc Couilloud.

Ainsi, la prochaine fois que vous apercevrez une bouteille de Monin au caramel, soyez fier. Ce produit français, peut-être le seul, n'a pas besoin de communication excessive pour faire rêver : il suffit de le verser dans son café ou son matcha pour que la magie opère.