Les exportations françaises de vins et spiritueux plongent pour la troisième année consécutive
Les chiffres des exportations tricolores de vins et spiritueux pour l'année 2025 viennent de tomber, et ils confirment une tendance alarmante qui dure maintenant depuis trois ans. Lors de la deuxième journée du salon international Wine Paris, les derniers indicateurs ont été dévoilés, révélant une situation économique préoccupante pour la filière.
Une chute brutale du chiffre d'affaires
Le chiffre d'affaires global des exportations françaises de vins et spiritueux a subi une baisse lourde de 8% en 2025, passant à 14,3 milliards d'euros. Cette diminution représente une perte de 1,3 milliard d'euros par rapport à l'année précédente. Parallèlement, les volumes exportés continuent leur régression constante, confirmant une crise structurelle du secteur.
Gabriel Picard, président de la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux (FEVS), résume la situation : « Nous faisons face à une situation conjoncturelle qui entraîne un affaissement brutal de la valeur de nos exportations et un phénomène structurel causant une lente érosion de nos volumes expédiés. »
Bordeaux et cognac : les deux mastodontes en difficulté
Les deux fleurons régionaux que sont les vins de Bordeaux et le cognac sont particulièrement affectés par cette crise. Les conflits commerciaux internationaux ont conduit à l'instauration de droits de douane élevés aux États-Unis et en Chine, deux marchés historiquement essentiels pour leur santé économique.
Le cognac, tout particulièrement, connaît une chute spectaculaire de quasiment 24% en valeur, passant de près de 3 milliards d'euros à moins de 2,3 milliards. En volume, la baisse atteint environ 15%, après une année 2024 déjà très compliquée.
La Chine : un marché qui s'effondre
Florent Morillon, président du Bureau national interprofessionnel du cognac (BNIC), détaille l'impact des mesures chinoises : « Nous avons expédié 141 millions de bouteilles en 2025, ce qui nous ramène au chiffre enregistré en 2010. En trois ans, nous avons perdu quinze années de croissance. L'enquête antidumping du gouvernement chinois nous a notamment fait perdre un quart de notre marché là-bas. »
Pour les vins de Bordeaux, la situation n'est guère plus reluisante. Les exportations girondines ont reculé de 4,8% en valeur et de 9% en volume, faisant passer leur chiffre d'affaires sous la barre symbolique des deux milliards d'euros.
Les États-Unis : une première destination fragilisée
Si le marché américain reste la première destination des flacons bordelais, sa prédominance a subi un sérieux revers. Les expéditions vers les États-Unis ont chuté de 14% par rapport à 2024, tandis que leur valeur a dégringolé de 31%, passant de 417 millions à seulement 285 millions d'euros.
Philippe Castéja, représentant le Bordelais à la FEVS, analyse : « Il s'agit d'un recul extrêmement important. Nous aurions pu faire face à la hausse des droits de douane de 15%, mais la barrière des 15% supplémentaires liés au taux de change euro/dollar s'avère compliquée. »
Contraste saisissant avec l'effervescence du salon Wine Paris
Porte de Versailles, le salon Wine Paris présente un visage radicalement différent des chiffres alarmants. Des dizaines de milliers d'acheteurs internationaux se pressent dans les allées, tandis que plus de 300 acteurs bordelais présentent activement leurs produits.
Dans le hall 7, vignerons et négociants se démènent pour promouvoir leurs récents millésimes et décliner de nouvelles tendances destinées à séduire les nouvelles générations. Le claret, un vin rouge frais et léger, et le concept « Drink Bordeaux Young » (« Boire des bordeaux jeunes ») sont particulièrement mis en avant.
Quelques lueurs d'espoir malgré tout
Malgré ce tableau sombre, quelques marchés montrent des signes encourageants :
- Le Canada affiche une croissance de 12% en volumes et 17% en valeur
- Plusieurs marchés africains comme la Côte d'Ivoire, le Cameroun ou le Maroc enregistrent des croissances à deux chiffres
- La stabilisation des exportations vers Hong Kong et Macao pourrait présager d'une relance sur le marché chinois
La zone de libre-échange avec les pays du Mercosur représente également une opportunité attendue par la filière. Cependant, l'incertitude plane toujours sur la réaction du marché américain, essentiel pour l'ensemble de la filière alcoolière française.
Perspectives inquiétantes pour 2026
La question qui préoccupe tous les acteurs du secteur est simple : la tendance va-t-elle se poursuivre en 2026 ? Gabriel Picard s'interroge : « Ces derniers mois sont-ils ceux qu'il faut imaginer en 2026 ? » Si tel était le cas, cela annoncerait très certainement un nouveau repli des exportations bordelaises et cognaçaises, prolongeant ainsi une crise qui semble s'installer dans la durée.



