Première condamnation pour manquement au devoir de vigilance : Yves Rocher sanctionné
Yves Rocher condamné pour manquement au devoir de vigilance

Une décision historique en matière de responsabilité des entreprises

Le tribunal judiciaire de Paris a rendu jeudi une décision inédite en condamnant le groupe Rocher, maison mère de la célèbre marque de cosmétiques Yves Rocher, pour manquement à son devoir de vigilance. Cette condamnation constitue une première judiciaire majeure depuis l'adoption de la loi française sur le devoir de vigilance en mars 2017.

Des sanctions financières significatives

L'entreprise a été condamnée à verser au total 48 000 euros à six anciens salariés de son ex-filiale turque, Kosan Kozmetik. Ces employés avaient été licenciés en 2018, peu après l'arrivée du syndicat Petrol-Is dans leur usine. Le tribunal a également ordonné le versement de 40 000 euros au syndicat lui-même, avec une mesure d'exécution provisoire qui rend cette décision immédiatement applicable.

Des manquements avérés dans les plans de vigilance

Saisi par les ONG Sherpa et ActionAid France, ainsi que par le syndicat Petrol-Is et 81 anciens salariés turcs, le tribunal a constaté des défaillances importantes dans l'élaboration des plans de vigilance du groupe. Les juges ont relevé que l'entreprise « avait été défaillante dans l'élaboration de la cartographie des risques des plans de vigilance 2017 et 2018 », soulignant que ces documents ne comportaient aucune analyse des risques concernant les filiales du groupe, se limitant uniquement aux fournisseurs et aux achats à risque.

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Un lien de causalité établi

La juridiction a reconnu que plusieurs salariés avaient subi un préjudice direct lié à leur engagement syndical. Dans son communiqué, le tribunal précise : « Après avoir jugé que les anciens salariés demandeurs établissaient avoir été licenciés en raison de leur appartenance syndicale et avoir ainsi subi un préjudice personnel, le tribunal a retenu qu'il existait un lien de causalité entre les carences des plans de vigilance 2017 et 2018 et ce préjudice. »

De nombreuses plaintes déclarées irrecevables

Malgré cette décision historique, la majorité des demandes n'a pas été retenue par les juges. Les requêtes de 72 anciens salariés ont été déclarées irrecevables, tandis que trois autres plaignants ont été déboutés. Cette sélectivité dans le traitement des plaintes montre la complexité d'application de la loi sur le devoir de vigilance.

Le cadre légal du devoir de vigilance

Adoptée en mars 2017, la loi française sur le devoir de vigilance impose aux grandes entreprises de publier des plans visant à prévenir les risques liés à leurs activités, y compris à l'étranger. Ces plans doivent notamment couvrir les risques d'atteintes aux droits humains et aux libertés fondamentales dans l'ensemble de la chaîne de valeur de l'entreprise.

Cette décision du tribunal judiciaire de Paris établit donc un précédent important en matière de responsabilité sociale des entreprises, démontrant que les manquements au devoir de vigilance peuvent désormais entraîner des sanctions financières concrètes et une reconnaissance juridique des préjudices subis par les salariés.

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