Un siècle d'histoire commerciale menacé aux Halles de Sète
L'affaire fait grand bruit dans la cité sétoise. Michel Rougalle, commerçant dont la famille est installée sur le parvis des Halles depuis les années 1980, se retrouve aujourd'hui dans une situation ubuesque : après avoir voulu transformer son commerce en bar à tapas, il risque désormais de perdre définitivement le local que sa famille occupe depuis plus de quarante ans.
Des racines profondes dans l'histoire commerciale sétoise
L'histoire commence bien avant l'installation aux Halles. En 1913, les grands-parents de Michel Rougalle, Isabelle et Alfred Ganau, ouvraient une fabrique de textile au 8 rue Pascal à Sète. "On vendait les premiers maillots pour femmes pour les bains de mer au Kursaal", raconte avec émotion Michel Rougalle, qui a repris l'activité après sa tante Mireille et sa mère Lucienne.
Les textiles étaient initialement vendus sur le parvis du marché couvert, exposés sur des carrioles à impériale, avant d'être commercialisés dans un stand intégré aux Halles à partir de 1979. Cette longue histoire familiale semblait promise à se poursuivre lorsque Michel Rougalle a envisagé, en 2024, de transformer son activité de prêt-à-porter en bar et petite restauration tapas.
Un projet qui semblait validé avant de tourner au cauchemar
Le projet de Michel Rougalle, qui loue l'étal municipal avec terrasse, reçoit initialement l'approbation de la Ville. Un courrier du 21 août 2024 lui assure que "les membres de la commission des Halles centrales ont émis un avis favorable pour la reprise de la boutique à la SAS Michel, Paul et Vincent", du nom de deux autres associés sétois.
Anticipant une ouverture en janvier 2025, Michel Rougalle demande donc en décembre 2024 la radiation de la société Victoria dont il est le directeur avant de créer une nouvelle entité pour vendre de l'alcool. La SAS Victoria est effectivement radiée du registre du commerce en mars 2025.
Les ennuis administratifs s'accumulent
Mais rapidement, les problèmes commencent. "On est venu me dire que les associés que j'avais choisis ne convenaient pas, la Ville m'a demandé de changer, ce que j'ai fait", explique Michel Rougalle. Pourtant, son dossier reste sans réponse, la Ville lui faisant comprendre qu'il n'y aura finalement pas de bar à tapas sur ce stand.
Le commerçant se voit alors obligé de récréer une nouvelle société, Victoria II, en juin 2025, pour reprendre sa précédente activité de vente de prêt-à-porter dans les Halles. Mais l'incompréhension atteint son comble lorsqu'il reçoit un courrier des services municipaux le 24 octobre 2025.
Une mise en demeure incompréhensible
La missive constitue un "préalable à l'abrogation de l'autorisation d'occupation temporaire de la boutique par la SAS Victoria", constatant que cette société est en cessation d'activité et que "la boutique numéro 1 continue d'être exploitée par un tiers sans autorisation".
Michel Rougalle s'indigne : "Ils savaient très bien qui était le repreneur puisque je leur ai envoyé le K-bis de la société Victoria II le 27 juillet 2025. Ils ont même encaissé mes loyers au nom de cette société. Pour vous dire qu'ils savaient évidemment qui était dans le local, ils m'ont demandé de repeindre les portants extérieurs du magasin de la couleur de la façade des Halles, je leur ai envoyé les photos en juillet dernier."
La fermeture et l'appel d'offres fatal
Contraint de fermer son local à partir de décembre 2025 "le temps que la situation juridique soit clarifiée", Michel Rougalle découvre avec stupeur, début mars 2026, un nouvel appel d'offres pour de la "vente de prêt-à-porter" (sans terrasse) affiché sur la porte de son commerce, avec des candidatures à déposer d'ici le 10 avril.
Aujourd'hui diminué par la maladie, le commerçant devra tout reprendre à zéro s'il veut pouvoir relancer son commerce dans ce local et transmettre l'activité à ses enfants comme le permet le règlement intérieur des Halles.
La version de la municipalité
Du côté de la municipalité, on explique que la décision d'ouvrir un bar n'est pas seulement soumise à la commission des Halles centrales, mais aussi au maire qui a le pouvoir, selon le règlement intérieur, de "ne pas agréer le successeur présenté ou de déterminer les conditions de reprise" si l'implantation "nuirait au fonctionnement général du marché, à l'hygiène, la sécurité ou à la circulation".
La Ville affirme ne pas retrouver dans ses archives l'autorisation délivrée en août 2024 à Michel Rougalle et avance qu'"aucun repreneur officiel ne s'est présenté à la Ville", ni la société Victoria II, ni la première société SAS Victoria. Elle a même fait venir un huissier en septembre 2025 pour constater la vacance des lieux avant de relancer un appel d'offres pour la vente de vêtements.
Cet imbroglio administratif met en lumière les difficultés rencontrées par les petits commerçants face aux complexités réglementaires, menaçant au passage un héritage familial qui remonte à plus d'un siècle dans l'histoire commerciale sétoise.



