Dans les rayons des Micromania, iconique enseigne française de jeu vidéo, les jeux PlayStation, neufs ou d’occasion, et leurs jaquettes en plastique bleu ou blanc, continuent de s’entasser. Mais pour combien de temps encore ? Dans une annonce le 1er juillet, Sony acte l’arrêt de la production de disques physiques pour tous les nouveaux jeux PlayStation à partir de janvier 2028. Les joueurs, mais aussi les vendeurs, ont de quoi s’interroger sur l’avenir d’un format déjà fragilisé.
Le constructeur japonais a été clair : passé janvier 2028, les nouveaux titres PlayStation ne seront plus disponibles qu’en version numérique, via le PlayStation Store ou des codes de téléchargement chez les revendeurs. Sony invoque « l’évolution des préférences des consommateurs » et assure que le physique ne pèse plus que 20 % de ses ventes. Une estimation cohérente avec les derniers chiffres du Syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs (SELL) : en 2025, le jeu vidéo sur support physique représentait 7 % d’un marché français total évalué à 5,8 milliards d’euros, contre 26 % pour le dématérialisé (le reste étant capté par le mobile ou le matériel). Selon le syndicat, la France reste malgré cela le pays européen où le format physique et le réseau de commerçants de jeu vidéo reste le plus développé.
Le jeu physique, des années de collection
Devant les rayons, les réactions oscillent entre résignation et inquiétude. Raphaël, joueur occasionnel, dit ne pas avoir été surpris : « Ça ne va pas m’impacter énormément, mais c’est dommage. » Il regrette surtout une nostalgie déjà entamée. « Le manuel qu’on lisait, les petits goodies dans la boîte… ça, on l’a déjà perdu depuis un moment. Aujourd’hui il n’y a plus que le disque dans la boîte. » Pour Sandrine, mère de deux enfants, l’enjeu est économique et pratique. « Quand ils ont fini un jeu, je peux le revendre ou le donner à mon neveu, assure-t-elle. Si tout passe en dématérialisé, on perd cette liberté, et pour le budget jeu vidéo, ça compte. » « Le jeu physique, ça représente des années de collection, reprend de son côté Kevin, joueur assidu propriétaire d’une étagère remplie. Il y a moins le plaisir de la boîte, de la sortie. »
Des boutiques menacées
Dans les enseignes spécialisées, l’inquiétude porte moins sur la demande que sur le modèle économique. Un vendeur de Micromania évoque un équilibre encore tenu, à parts égales, entre le neuf et l’occasion, mais reconnaît qu'« il va falloir réfléchir à la suite ». Une collègue souligne que la diversification est déjà en marche, avec les cartes à collectionner et les figurines. « Ce n’est pas pour rien qu’on en met autant en rayon et qu’on est devenu Micromania-Zing. »
Gyo, créateur de contenu spécialisé sur le format physique et ancien propriétaire de boutique, va plus loin. Il pointe un système déjà fragilisé par la grande distribution, qui a fait du jeu vidéo un produit d’appel à marges très basses, et par des pratiques d’édition problématiques. « Pour certains lancements, les éditeurs produisent plus de codes que de licences de jeu, assène-t-il. Du coup, le client vient acheter un code dans une boîte, qui ne fonctionne même pas. » Il assure que, contrairement aux chiffres avancés par Sony, la version physique d’un même jeu peut se vendre jusqu’à deux fois plus que sa version dématérialisée.
Les boutiques restent suspendues aux marges fixées par Sony, autour de 22 % aujourd’hui, que le numérique pourrait encore réduire. « À 20 % de marge, vous avez intérêt à n’avoir aucun invendu si vous voulez être rentable », avertit Gyo. Seule consolation : les joueurs sont plus enclins à acheter un jeu vieux de dix ans. Mais, avertit Gyo, le point de bascule n’est pas loin. « Si Nintendo se met à faire pareil que Sony, c’est fermeture immédiate » pour de nombreuses boutiques, s’inquiète-t-il.
Sur le terrain, la mutation est déjà engagée. Micromania, rebaptisée Micromania-Zing, mise de plus en plus sur les cartes Pokémon et les produits dérivés. Une source proche du dossier indique à 20 Minutes que l’enseigne, en cours de rachat par EB Games (qui a déjà repris GameStop Canada), préparerait « un gros virage sur les figurines et les cartes à collectionner ». Sollicitée, la direction de Micromania n’a pas donné suite à nos demandes.



