Reprise du verrier Arc validée par la justice avec un lourd plan social
Le tribunal de commerce de Tourcoing (Nord) a officiellement validé en début d'après-midi la reprise du groupe verrier Arc par Timothée Durand, l'unique candidat issu d'une famille emblématique de cette entreprise bicentenaire. Cette décision judiciaire, notifiée par écrit aux différentes parties, permet d'éviter la disparition pure et simple de ce fleuron industriel du Pas-de-Calais, qui sera désormais baptisé « Verrerie Arc 1825 ».
Un sauvetage au prix fort pour l'emploi
La bonne nouvelle de cette reprise s'accompagne cependant d'une réalité économique douloureuse : 704 suppressions de postes sont prévues sur le principal site d'Arques, qui emploie actuellement 3.500 salariés. Un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) avait déjà été validé par les syndicats le 10 mars dernier, constituant une condition indispensable pour permettre cette reprise dans le cadre du redressement judiciaire ouvert début janvier.
Timothée Durand s'est déclaré « très heureux et fier de reprendre cette entreprise familiale » dans un communiqué, précisant que sa priorité serait désormais de « faire vivre cet héritage » en misant sur « l'excellence et l'innovation ». L'entrepreneur de 49 ans, qui a passé l'essentiel de sa carrière chez Arc, mûrissait ce projet de reprise depuis longtemps.
Une situation financière préoccupante
Les chiffres révèlent l'ampleur des difficultés du groupe : Arc France, la société française du groupe, a enregistré une perte nette de plus de 32 millions d'euros en 2024, s'ajoutant à des années de pertes chroniques et à un endettement important. Le groupe dans son ensemble a réalisé un chiffre d'affaires mondial de 688 millions d'euros en 2024, dont un peu plus de 400 millions pour Arc France.
Frédéric Specque, délégué syndical CGT, résume le dilemme des salariés : « De toute façon c'est ça ou rien, donc on n'a pas le choix ». Mais il déplore amèrement ce PSE « très lourd » et l'absence de dispositifs supplémentaires de l'État pour favoriser les départs volontaires : « On a reçu une fin de non-recevoir. Clairement, l'État n'a plus d'argent ».
Un plan de reprise soutenu financièrement
Timothée Durand prévoit d'injecter 50 millions d'euros dans Arc avec le soutien financier de Matthieu Leclercq, ancien patron de Decathlon. L'entrepreneur justifie les coupes dans les effectifs par la nécessité de « redimensionner » le site d'Arques aux volumes que le groupe est capable de vendre, déclarant à l'AFP : « Je ne suis pas le méchant de l'histoire, je suis réaliste ».
Un déclin industriel sur deux décennies
Le groupe Arc, leader mondial des verres pour les arts de la table avec des marques comme Luminarc, Cristal d'Arques Paris, Arcoroc et Chefs & Sommelier, a connu un déclin progressif depuis une vingtaine d'années. Ses effectifs à Arques ont été presque divisés par trois depuis le début des années 2000, malgré de multiples plans de refinancement soutenus par l'État et les collectivités locales.
Plusieurs facteurs ont contribué à cette fragilisation :
- La flambée des coûts de l'énergie et de l'inflation depuis le début de la guerre en Ukraine
- L'intensification de la concurrence chinoise
- La crise structurelle du secteur des arts de la table
- La nouvelle guerre au Moyen-Orient qui risque d'entraîner une remontée des prix de l'énergie
Corinne Guenez (CFE-CGC) estime que « le couperet est assez violent », tandis que Frédéric Specque craint une « spirale infernale » avec de nouvelles baisses de volumes entraînant à terme de nouvelles suppressions de postes. Malgré ces vents contraires, le syndicaliste aurait souhaité un plan de reprise « plus ambitieux » pour cet acteur historique de l'industrie verrière française.



