Tourcoing valide la reprise d'Arc par Timothée Durand, sauvant l'entreprise mais supprimant 700 emplois
Reprise d'Arc validée : 700 postes supprimés, l'entreprise sauvée

Le tribunal de commerce de Tourcoing valide la reprise d'Arc par Timothée Durand

Le tribunal de commerce de Tourcoing a officiellement approuvé, vendredi, la reprise du géant verrier Arc par l'unique candidat, Timothée Durand. Ce dernier, issu d'une famille ayant dirigé l'entreprise pendant un siècle, reprend ainsi les rênes de ce groupe bicentenaire spécialisé dans les arts de la table. Cependant, ce retour aux sources s'accompagne d'un volet social particulièrement lourd, avec la suppression annoncée de 700 postes.

Un plan de reprise sous le signe des sacrifices sociaux

La décision du tribunal a été notifiée par écrit aux parties concernées en début d'après-midi. Timothée Durand, âgé de 49 ans, a exprimé dans un communiqué sa fierté de reprendre cette entreprise familiale, soulignant que sa priorité est désormais de perpétuer cet héritage en misant sur l'excellence et l'innovation. Le groupe Arc a réalisé un chiffre d'affaires mondial de 688 millions d'euros en 2024, dont plus de 400 millions pour Arc France, une société en proie à des pertes chroniques et fortement endettée. En effet, la perte nette d'Arc France s'élevait à plus de 32 millions d'euros l'an dernier.

Un PSE déjà validé pour 704 suppressions de postes

Un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) a été validé le 10 mars par les syndicats d'Arc France, dans le cadre du redressement judiciaire de l'entreprise annoncé début janvier. Ce PSE, condition indispensable à la reprise par Timothée Durand, prévoit 704 suppressions de postes sur le site principal d'Arques, qui emploie actuellement 3 500 salariés. La répartition précise entre départs volontaires et licenciements n'était pas encore connue vendredi.

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Cette reprise évite la disparition de l'entreprise historique du Pas-de-Calais, qui sera rebaptisée « Verrerie Arc 1825 ». Néanmoins, la pilule reste amère pour les salariés. Frédéric Specque, délégué syndical de la Confédération générale du travail, a résumé la situation en déclarant : « De toute façon c'est ça ou rien, donc on n'a pas le choix ». Il déplore cependant un PSE « très lourd » et l'absence de dispositifs supplémentaires de l'État pour favoriser les départs volontaires. Corinne Guenez (CFE-CGC) estime également que « le couperet est assez violent ».

Les réactions du gouvernement et de l'entrepreneur

Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou et le ministre délégué à l'Industrie Sébastien Martin ont assuré, dans une déclaration commune, veiller à ce que chaque collaborateur bénéficie d'une solution de reclassement et d'un retour rapide à l'emploi. Ils ont salué une reprise qui redonne une trajectoire de développement claire à ce fleuron industriel, appuyée par un plan d'affaires solide et des financements confirmés.

De son côté, Timothée Durand se défend d'être « le méchant de l'histoire », se présentant plutôt comme réaliste. Il justifie les coupes dans les effectifs par la nécessité de redimensionner le site d'Arques aux volumes que le groupe peut vendre. L'entrepreneur, qui a passé l'essentiel de sa carrière chez Arc, mûrissait ce projet depuis longtemps. Son plan prévoit d'injecter 50 millions d'euros dans l'entreprise, avec le soutien financier de Matthieu Leclercq, ancien patron de Decathlon.

Un déclin progressif et des défis persistants

Arc est un leader mondial des verres pour les arts de la table depuis la deuxième moitié du XXe siècle, avec des marques comme Luminarc, Cristal d'Arques Paris, Arcoroc et Chefs & Sommelier. Cependant, après des investissements massifs pour mondialiser sa production, le groupe accumule les difficultés depuis une vingtaine d'années. Ses effectifs à Arques ont été presque divisés par trois depuis le début des années 2000.

L'entreprise a été fragilisée par la flambée des coûts de l'énergie et de l'inflation depuis la guerre en Ukraine, ainsi que par la concurrence chinoise et la crise du secteur des arts de la table. La nouvelle guerre au Moyen-Orient risque d'aggraver la situation avec une remontée des prix de l'énergie. Malgré tout, Frédéric Specque aurait souhaité un plan « plus ambitieux », craignant sinon une « spirale infernale » de baisses de volumes et de nouvelles suppressions d'emplois.

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