Renault tourne la page de l'ambition démesurée avec FutuREady
Ce mardi 10 mars, François Provost a présenté FutuREady, son premier plan stratégique depuis sa nomination à la tête de Renault en juillet 2025. Neuf mois de travail collectif ont abouti à une feuille de route marquant une rupture avec l'ère précédente : fini les promesses spectaculaires, place au réalisme dans un secteur automobile secoué par la concurrence chinoise, la volatilité des marchés et la pression réglementaire.
36 nouveaux modèles et des objectifs de vente ambitieux
Le plan prévoit le lancement de 36 nouveaux modèles d'ici à 2030, dont 16 électriques et 14 destinés aux marchés internationaux. Cette offensive produit se décompose en 22 modèles pour l'Europe et 14 pour les marchés hors Europe. L'objectif est de vendre plus de 2 millions de véhicules par an d'ici 2030, soit environ 370 000 unités supplémentaires par rapport aux volumes actuels, avec 50% de ces ventes réalisées hors d'Europe.
La marque Renault portera 12 de ces lancements en Europe, avec une électrification généralisée de sa gamme. Dacia poursuivra sa montée en puissance avec quatre nouveaux véhicules électriques et vise deux tiers de ses ventes en électrique d'ici 2030. Alpine continuera sa stratégie de croissance autour de modèles iconiques comme la nouvelle génération de l'A110.
Une révolution technologique et industrielle
Au cœur du plan FutuREady, Renault annonce une réduction de 40% du coût de ses véhicules électriques grâce à sa nouvelle plateforme RGEV Medium 2.0. Cette plateforme modulaire intégrera une architecture 800 volts permettant une charge rapide de dix minutes en 2030 et une autonomie pouvant atteindre 1 400 km avec prolongateur d'autonomie.
Le constructeur français vise également à développer tous ses nouveaux véhicules en seulement deux ans, contre trois à quatre ans auparavant. Pour y parvenir, le groupe mise massivement sur l'intelligence artificielle dans ses usines, avec plus de 1 000 points de contrôle supervisés par IA, 350 robots humanoïdes et un métaverse industriel pour suivre chaque étape de production en temps réel.
Des objectifs financiers volontairement sobres
La rupture avec l'ère de Luca de Meo est particulièrement visible sur le plan financier. Renault vise désormais une marge opérationnelle comprise entre 5 et 7% du chiffre d'affaires à moyen terme, assortie d'un flux de trésorerie disponible des activités automobiles supérieur ou égal à 1,5 milliard d'euros par an en moyenne.
Ces objectifs, plus modestes que les promesses passées, s'inscrivent dans un contexte difficile marqué par une perte comptable de près de 10 milliards d'euros en 2025 liée à la dépréciation de la participation dans Nissan. Pour tenir ces cibles, le groupe s'impose une discipline stricte avec une réduction des coûts variables de 400 euros par véhicule par an et une limitation des dépenses de R&D et Capex à moins de 8% du chiffre d'affaires.
Une stratégie internationale ciblée
Absent de Chine et des États-Unis, Renault mise sur trois relais de croissance stratégiques : l'Inde, la Corée du Sud et l'Amérique du Sud. Le groupe transforme notamment sa présence en Inde en véritable hub de production, capable de fabriquer une gamme complète de modèles pour les marchés locaux et mondiaux.
D'ici à 2030, Renault produira plus de 300 000 véhicules par an pour le compte d'autres constructeurs tels Nissan, Mitsubishi, Volvo, Geely et Ford. Cette diversification industrielle vise à renforcer la résilience du groupe face aux aléas du marché tout en conservant une pleine autonomie industrielle et technologique en Europe.
« Ensemble, grâce à FutuREady, nous allons prouver qu'un constructeur européen peut durer et devenir la référence automobile européenne sur la scène mondiale », assure François Provost. Le plan, élaboré en neuf mois avec l'ensemble des équipes, se veut collectif et réaliste, marquant ainsi une nouvelle ère pour le constructeur français.



