Le Relais de Soubirous est pris en étau entre la flambée des cours des carburants et les travaux sur la RN21. Son propriétaire, Christian Cazassus, scrute le bout du tunnel. En novembre 2018, le litre de gasoil s'affichait à 1,59 €, alors que les Gilets jaunes amorçaient leur mouvement de grogne et que Christian Cazassus faisait le dos rond. En mai 2026, le panneau du Relais de Soubirous affiche un plus haut historique : 2,399 € le litre de diesel.
« Je m'attendais à 15 % de perte, raconte le gérant de cette station-service indépendante située dans la campagne de Villeneuve-sur-Lot. Je n'avais pas anticipé les travaux. » Depuis le 20 avril, et jusqu'au 22 mai si tout va bien, la bande de roulement de la RN21, qui passe juste devant son gagne-pain, se refait une beauté sur 800 mètres de long. Lundi 11 mai, il était pour ainsi dire impossible d'accéder à la station. « J'étais à sec et j'ai ravitaillé au plus cher. J'aurais mieux fait d'attendre deux jours de plus. Ça avait baissé de 20 centimes. C'est la roulette russe. »
L'heure des comptes
L'heure des comptes est un exercice cruel : « Mon chiffre d'affaires a baissé de 40 % en quinze jours, dès que le chantier a débuté. Et là, sur les dix premiers jours de mai, je fais moins que pendant le confinement, 10 % de moins que pendant le Covid… » Les prix des carburants ne sont presque pas le sujet principal de préoccupation du patron. Presque, car la problématique liée à la crise du détroit d'Ormouz survivra au 22 mai. « J'étais à sec et j'ai ravitaillé au plus cher. J'aurais mieux fait d'attendre deux jours de plus. Ça avait baissé de 20 centimes. C'est la roulette russe. »
« La marge divisée par deux »
Cette cuve, qui d'ordinaire lui tient un mois, il n'est pas près d'en voir le fond : « Là, ça fait déjà 45 jours et j'en ai encore passablement. Elle va me faire deux mois, deux mois et demi. Entre les prix, car je ne suis pas placé, et le chantier, y'en a marre. » L'indépendant, en temps normal, lance des appels d'offres et achète au mieux disant. « En ce moment, c'est plutôt à qui veut bien livrer. » Le marché est sous tension. Il doit s'adapter. Avec un Sans-plomb 95 vendu 2,142 € le litre, le professionnel limite un peu la casse par rapport aux grandes surfaces face auxquelles il ne peut rivaliser. « Moi, c'est mon gagne-pain, pas un produit d'appel… »
Derrière ce prix, presque raisonnable en ce temps de flambée des cours, se cache un effort substantiel de l'entrepreneur qui explique avoir divisé sa marge par deux. Sur chaque litre vendu, il gagne… 5 centimes TTC. « Mon objectif est d'écouler au plus vite dans l'espoir d'acheter au meilleur prix. » Tant que le chantier n'est pas achevé, inutile de trop y croire. La clientèle de passage, composée d'habitués et de commerciaux, représente 70 % de son activité. Elle ne s'arrête plus. Seuls les locaux viennent acheter leurs cigarettes et, par la même occasion, remplir un peu leur réservoir.
« Le prix, de tout, devient inquiétant »
Le coin épicerie, « pour le dépannage », doit être ravitaillé « ce mercredi. Le livreur espère qu'il pourra passer… » La facture, elle, aura du mal à passer : « Le prix, de tout, devient inquiétant. Celui du café par exemple a été multiplié par deux en trois ans. » Avec l'impression, alimentée par cet hantavirus, que les crises succèdent aux crises, Christian Cazassus voit une bonne nouvelle se profiler. « Le 18 mai, j'aurai fini de rembourser le Prêt garanti par l'État (PGE). » Il pourra alors se desserrer un peu la ceinture et compter les mois avant la retraite, sans doute décalée à 2029. Il faudra alors trouver un repreneur : « L'entreprise gagne de l'argent en temps normal. Sans soucis. » À condition de ne pas compter ses heures.



