Le '996' à la française : quand les start-up vantent le travail permanent
Dans les bureaux d’Illogic Studios, à Montpellier, le 12 décembre 2025, une scène révélatrice a été capturée. SYLVAIN THOMAS/AFP immortalise un moment où Jérémy Goillot, fondateur de The Mobile-First Company, interroge : « Tout le monde parle du 996, mais le vrai sujet, c’est : est-ce que les meilleurs de ta boîte sont prêts à venir un dimanche pour régler les vrais problèmes ? ». Cette start-up française, créée en 2023 et spécialisée dans les applications professionnelles, vient de lever 10 millions d’euros, mais c’est sa culture d’entreprise qui fait débat.
Une disponibilité exigée le week-end
Pour illustrer son propos, Jérémy Goillot raconte avoir envoyé, un samedi soir, un message à son équipe : « Demain, 9 heures-19 heures, on se met en salle et on règle nos trois plus gros sujets. Vous êtes chauds ? ». Le lendemain, quatre jeunes hommes, tous visiblement âgés de moins de 30 ans, ont répondu présent – la scène est partagée sur LinkedIn. Derrière cette photo conviviale, le message est clair : pour intégrer The Mobile-First Company, il faut accepter une forte implication et une disponibilité presque permanente, présentées comme des valeurs essentielles de la culture d’entreprise.
L’adoption silencieuse du modèle '996'
Sans mentionner explicitement le « 996 », ce rythme de travail consistant à travailler de 9 heures à 21 heures, six jours par semaine, certains dirigeants de start-up en France en adoptent déjà la philosophie. Ils n’hésitent pas à s’en vanter sur les réseaux sociaux, mettant en avant le travail le week-end, une disponibilité étendue, et la mise à distance de toute vie extérieure à l’entreprise. Cette approche, souvent glorifiée comme un signe de dévouement, soulève des questions sur l’équilibre vie professionnelle-vie privée dans le secteur innovant.
Cette tendance, observée à Montpellier et ailleurs, reflète une normalisation progressive des horaires excessifs, où la performance est étroitement liée à la présence constante. Les critiques pointent du doigt les risques de burn-out et l’impact sur la santé mentale des employés, tandis que les défenseurs y voient une nécessité pour rester compétitif dans un marché dynamique.



