Le placement en liquidation judiciaire de H & A ébranle les mondes du vin et de la tonnellerie
La crise viticole frappe désormais tous azimuts, touchant même les acteurs majeurs de la filière. Comme un effet domino, le géant mondial de la location de barriques, H & A, basé à Bordeaux, a été placé en liquidation judiciaire avec poursuite d'activité jusqu'au 31 mai par le tribunal de commerce, ce mercredi 1er avril. Cette décision secoue profondément les secteurs du vin et de la tonnellerie, déjà fragilisés économiquement.
Une ascension fulgurante suivie d'une chute brutale
La société girondine, partie de presque rien il y a un peu plus de vingt ans, s'est imposée comme le leader mondial de la location de fûts. Avec une centaine de salariés, environ 2 000 clients à travers le monde et une demi-douzaine de filiales, elle affichait jusqu'à près de 200 millions d'euros de chiffre d'affaires. Son système de location sur plusieurs années, très attractif, a conquis de nombreux vignobles, finançant jusqu'à 200 000 barriques neuves chaque année.
Méconnue du grand public, les services de H & A ont été adoptés par quantité de domaines du vignoble bordelais. « Il y a quinze ou vingt ans, on achetait les barriques cash, avec des prix qui ont sérieusement flambé, passant de 450 à 900 euros. Et puis, est arrivé ce système de location, très attractif. Avec notre esprit paysan et leur très bon argumentaire commercial, on s'est dit pourquoi pas », explique le gérant d'un grand château de la rive gauche, sous couvert d'anonymat.
Les tonneliers en première ligne de la crise
La chute de H & A secoue de nombreux acteurs, à commencer par les tonneliers, devenus dépendants de son activité et qui se retrouvent victimes de lourds impayés. Tous les producteurs de barriques girondins, pour qui H & A constituait environ un quart de leur chiffre d'affaires, sont plus ou moins touchés. « Nous avons beaucoup de cas différents, mais la plupart d'entre nous ont des factures qui demeurent impayées », explique François Witasse, PDG du tonnelier Demptos et président du Syndicat régional des maîtres tonneliers.
À l'échelle française, cela représenterait une dizaine de millions d'euros d'impayés. Certaines tonnelleries girondines se retrouvent avec un manque à gagner de plusieurs centaines de milliers d'euros, aggravant leur situation déjà précaire.
Les propriétés viticoles dans le flou juridique
Les propriétés se retrouvent également dans une situation complexe. Dans le système mis en place, H & A jouait le rôle d'intermédiaire entre les vignerons et les tonneliers avant de céder ses contrats de location à des cessionnaires financiers. Ce dédoublement entraîne le risque d'une double peine pour les viticulteurs.
- D'un côté, ils doivent continuer d'honorer leur contrat mensuel avec leur cessionnaire.
- De l'autre, les tonneliers pourraient leur réclamer le paiement des barriques qu'ils n'ont pas reçu de H & A depuis plusieurs mois.
Dans cette affaire, les avocats des acteurs concernés ont activé des cellules de crise pour se sortir de ce bourbier, qui s'avère d'autant plus compliqué que la tonnellerie ne peut plomber ses principaux partenaires.
Une lueur d'espoir avec la poursuite d'activité
Malgré cette situation difficile, la société H & A peut toujours retrouver un repreneur. « La liquidation judiciaire avec poursuite d'activité est une mesure relativement exceptionnelle, elle démontre que le tribunal croit à de potentielles offres de reprises », insiste l'avocat de la société Olivier Bouru. Les repreneurs ont jusqu'au 24 avril, midi, pour se faire connaître, une échéance qui tombe en pleine semaine des primeurs, ajoutant une pression supplémentaire sur le secteur.
Cette crise illustre comment la filière vitivinicole, déjà sous tension, doit faire face à des défis économiques croissants, avec des répercussions en cascade sur tous ses maillons.



