Ubisoft confronté à une grève internationale de trois jours
Le géant français du jeu vidéo Ubisoft, frappé par une crise économique profonde et engagé dans une vaste restructuration qui sème le trouble, est actuellement touché par un mouvement de grève de trois jours. Ce mardi 10 février, le studio bordelais de l'entreprise a été particulièrement affecté, tout comme d'autres sites importants à Paris, Montpellier, Lyon et même Milan en Italie. Ce mouvement s'inscrit dans le cadre d'un préavis de grève déposé pour une durée de trois jours consécutifs, marquant une escalade des tensions sociales au sein du groupe.
Un contexte de difficultés économiques majeures
Début février, les deux principaux syndicats représentés chez Ubisoft, le Syndicat des travailleurs du jeu vidéo (STJV) et la CFE-CGC, avaient lancé un appel à une grève internationale. Ils dénoncent vigoureusement « les annonces unilatérales lunaires sur le télétravail, les réorganisations bancales constantes, les licenciements et fermetures à l'international ». S'ajoutent à cela les départs non remplacés, les augmentations salariales dérisoires voire absentes, un dialogue social bafoué et un mépris généralisé envers les salariés.
Cette mobilisation intervient dans un contexte économique particulièrement difficile pour l'éditeur, qui a pourtant connu des heures de gloire. Le 21 janvier, la direction d'Ubisoft a annoncé un plan de réorganisation à l'échelle mondiale, touchant plus de 17 000 salariés. Le groupe anticipe une perte colossale d'un milliard d'euros pour l'exercice en cours (2025-2026), tandis que la restructuration vise à réaliser des économies de 300 millions d'euros. Déjà, des sites ont été fermés à Stockholm en Suède et à Halifax au Canada, et le siège parisien est menacé par 200 suppressions de postes.
Des craintes liées aux « creative houses » et à Tencent
La réorganisation suscite une inquiétude palpable parmi les employés, notamment avec le concept de « creative houses » défendu par le PDG et fondateur Yves Guillemot. Ces maisons créatives visent à regrouper dans des programmes communs des salariés disséminés à travers le monde, mais certains y voient une fragilisation de leur statut. Cette crainte s'est accentuée depuis l'entrée du géant chinois Tencent dans le capital d'Ubisoft à hauteur de 26,3 % des parts, soit un investissement de 1,1 milliard d'euros.
Une maison créative spécifique rassemble déjà les jeux les plus rentables, tels que « Assassin's Creed », « Far Cry » et « Rainbow Six ». Les studios comme celui de Bordeaux, qui ne travaillent pas sur ces titres phares, redoutent une mise en concurrence fatale entre les différentes maisons créatives, pouvant mener à des fermetures supplémentaires.
Le télétravail au cœur du conflit social
La réduction du temps en télétravail est un point de friction majeur. Le STJV estime que l'obligation de venir travailler au bureau cinq jours par semaine, contre deux il y a cinq ans et trois l'an dernier, constitue « un plan social déguisé ». De nombreux salariés ont organisé leur vie personnelle et professionnelle autour du travail à domicile, souvent loin des centres-villes où le logement est difficile et coûteux. Laura Turban, représentante du STJV à Ubisoft Bordeaux, affirme que cette mesure pousse délibérément les employés à démissionner.
« Notre direction prend des décisions unilatérales, le dialogue social est au point mort, la direction fait un peu n'importe quoi en ce moment », déplore-t-elle. Elle ajoute que « l'échec stratégique de la direction est mis sur le dos des employés ». Lucas Peter, salarié depuis deux ans, confirme cette impression : « On a eu une réunion avec la direction avant la grève, il y a eu énormément de questions, mais les réponses sont évasives. En fait, il n'y a aucun plan concret. On paye dix ans de décisions bancales, beaucoup ne comprennent plus où on va ».
En parallèle, Ubisoft a stoppé le développement de six jeux et reporté la sortie de sept titres à venir, illustrant les difficultés créatives et financières auxquelles le groupe est confronté. Cette grève de trois jours symbolise ainsi un profond malaise au sein d'une entreprise en pleine tourmente, où les salariés luttent pour préserver leurs conditions de travail face à une restructuration radicale et incertaine.



