Crise dans le Bâtiment : Les Artisans de Dordogne Face à une Tempête des Prix
Le secteur du bâtiment traverse une crise profonde, marquée par une hausse vertigineuse des prix des carburants et des matériaux, couplée à une baisse inquiétante des commandes des particuliers. Ce mercredi 22 avril, la Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb) de la Dordogne a tenu une conférence de presse pour tirer la sonnette d'alarme.
L'Impact Dévastateur de la Hausse des Carburants
Benoît Jean-Louis, président de la Capeb de la Dordogne et à la tête d'une entreprise de peinture, isolation et carrelage basée à La Coquille, comptant sept salariés et neuf apprentis, illustre l'ampleur du problème. « Le plein d'un véhicule nous coûte 30 à 40 euros de plus. Avec quatre à cinq véhicules qui sortent tous les jours, cela représente plus de 600 euros par mois. L'impact est énorme », explique-t-il. Victime collatérale de la crise au Moyen-Orient, il souligne que les récentes annonces de Sébastien Lecornu sur une baisse de 20 centimes du gazole non routier (GNR) ne concernent que les travaux publics, laissant les entreprises du bâtiment dans l'incertitude.
Avec ses collègues, il milite pour une baisse du prix du gasoil pour les poids lourds, mais sans créer de complexité administrative. « L'idéal serait une réduction à la pompe », insiste-t-il. Magali Tournier, secrétaire générale du syndicat, tempère en évoquant les difficultés techniques et privilégie un système de remboursement simple.
La Hausse des Matériaux : Un Cauchemar pour les Devis
Le prix du carburant n'est que la partie émergée de l'iceberg. « Le plus inquiétant pour nos entreprises est le coût des matériaux », affirme Magali Tournier. David Barbier, trésorier de la Capeb et plombier chauffagiste à Négrondes, constate des augmentations brutales : « Le prix du cuivre a pris une sacrée claque, avec 20 % d'augmentation en quelques semaines, comme le PVC ».
Ces hausses, annoncées du jour au lendemain par les fournisseurs, rendent le travail impossible. « Ça devient compliqué de faire un devis dans ces conditions », déplore David Barbier. Magali Tournier exige un délai de prévenance obligatoire pour permettre aux artisans de s'adapter.
Effets Pervers et Menaces sur l'Emploi
Les conséquences sont multiples, incluant une augmentation des vols de matériaux. David-Alexandre Darchy, charpentier couvreur à Corgnac-sur-l'Isle, perd le sommeil à cause de ses stocks visibles depuis la route. Benoît Jean-Louis ajoute : « On devient fou ».
Cette crise rappelle celle de 2022, mais avec une différence majeure : « À l'époque, on a pu tenir car il y avait des commandes. Aujourd'hui, c'est fini, il n'y en a plus. Les ménages n'ont plus confiance, ils ont fermé leurs porte-monnaie », s'inquiète Benoît Jean-Louis. En conséquence, David Barbier ne prévoit pas de remplacer son alternant en juin, et Benoît Jean-Louis anticipe la suppression de deux ou trois postes.
Revendications pour Sauver le Secteur
Face à cette situation, la Capeb réclame des mesures urgentes :
- Des compensations pour le GNR et le gasoil des camions.
- La généralisation de la TVA à 5,5 % pour tous les travaux de rénovation.
- La création d'un dispositif de surveillance des hausses des coûts et des spéculations, avec des contrôles renforcés.
Le secteur, essentiel à l'économie locale, appelle à une action rapide pour éviter un effondrement généralisé.



