Colette Le Floch, une pionnière de la récupération de métaux, tire sa révérence après 50 ans d'activité
Dans le paysage industriel de l'agglomération rochelaise, un nom résonne depuis un demi-siècle : Colette Le Floch. Cette femme de 78 ans, mesurant à peine 1,50 mètre, a bâti une légende locale dans le monde très masculin de la récupération de fer et métaux. Fondatrice de l'entreprise Le Floch C en 1976, elle s'apprête aujourd'hui à prendre sa retraite d'ici la fin de l'année 2026, laissant derrière elle une entreprise florissante et une réputation solidement établie.
Une passion familiale devenue vocation
L'histoire de Colette Le Floch plonge ses racines dans le quartier rochelais de Tasdon des années 1950, où ses parents exerçaient déjà l'activité de récupérateurs de métaux. « À 10 ans, j'allais aider ma mère à trier des bouteilles et à empiler les cartons », se souvient-elle. Après une interruption due au décès de son père et à la maladie de sa mère, elle reprend le flambeau à 28 ans, une fois ses quatre enfants élevés. Le 2 mai 1976, elle se déclare officiellement au tribunal de commerce, donnant naissance à l'entreprise Le Floch C, dont le « C » fait écho à son prénom.
Un parcours marqué par la persévérance et l'innovation
Installée d'abord à Marans puis à Tasdon, Colette Le Floch s'établit définitivement en 1987 dans la zone industrielle de Périgny, à côté de La Rochelle, sur un terrain qu'elle avait acheté l'année précédente. « C'étaient des champs, j'étais la troisième du coin », raconte-t-elle. Aujourd'hui, son hangar de 500 mètres carrés accueille chaque jour, sauf les dimanches et trois semaines de vacances estivales, cette septuagénaire infatigable.
Son bureau, décoré de vieilles plaques publicitaires et de photos de voitures de rallye, témoigne d'une époque révolue. Point d'ordinateur ici : « Je fais tout manuellement, et j'irai jusqu'au bout comme ça ! » affirme-t-elle. Une balance et son jeu de poids d'un autre âge complètent ce tableau d'une gestion artisanale mais efficace.
Un succès bâti sur la relation client et la rigueur
L'entreprise traite mensuellement 100 à 150 tonnes de fer et métaux, avec jusqu'à une quarantaine de clients les bons jours. « Je vois la troisième génération maintenant. J'ai connu les grands-pères, les papas et maintenant les enfants », constate Colette Le Floch avec fierté. Son secret ? « J'offre le petit café, la petite bière, je dialogue avec mes clients. L'échange, c'est très important. »
Mais derrière cette convivialité se cache une rigueur inflexible. « Je suis très stricte. C'est hyper dangereux, il y a des risques d'accident », explique-t-elle concernant la manipulation des métaux. Elle veille également à refuser toute matière douteuse pour éviter les ennuis, une attitude qui lui a valu quelques critiques mais aussi le respect de tous.
Une femme dans un monde d'hommes
Dans ce métier traditionnellement masculin, Colette Le Floch a su s'imposer. « La patronne, c'est moi », rappelle-t-elle concernant son mari qui fut son conjoint collaborateur. Si elle reconnaît que deux clients « ont essayé de déraper un peu », elle ajoute rapidement : « ils ont vu que madame Le Floch n'était pas commode, je ne me laisse pas faire ». Aujourd'hui, elle est affectueusement surnommée « la mère Le Floch » par ses nombreux clients, mais déteste qu'on l'appelle « ferrailleuse », préférant le terme de « récupératrice en fer et métaux ».
La transmission et l'heure de la retraite
Depuis vingt-neuf ans et le décès de son mari, son fils Christophe l'aide au quotidien, accompagné d'un ouvrier. Mais l'âge « et la fatigue générale » ont finalement convaincu Colette Le Floch de programmer sa retraite. « Certains clients me disent : 'Mais, Colette, qu'est-ce qu'on va faire ? Il n'y a qu'une Colette !' », relate-t-elle, touchée mais déterminée.
Elle prévoit désormais de vendre l'affaire pour profiter de ses huit petits-enfants et programmer quelques voyages, tout en reconnaissant qu'une vente « ça ne se fait pas en deux minutes ! ». Malgré sa petite taille, elle affirme avec le sourire : « Je fais 1 mètre 49, mais je suis quand même costaude, croyez-moi ! », preuve que les épaules sont encore solides pour terminer cette longue carrière en beauté.
Alors qu'elle célébrera en mai 2026 les 50 ans de son entreprise, Colette Le Floch laisse derrière elle bien plus qu'une simple société de récupération de métaux : une histoire d'audace, de passion et de persévérance qui a marqué durablement le paysage économique rochelais.



