Cestas : le modèle économique unique d'une commune hors de Bordeaux Métropole
Cestas : un modèle économique unique hors de Bordeaux

Cestas : le satellite économique indépendant de l'agglomération bordelaise

Grâce à une politique volontariste initiée dès le début des années 1970, la commune de Cestas s'est imposée comme l'un des principaux pôles économiques de l'agglomération de Bordeaux et la première zone logistique de la région Nouvelle-Aquitaine. Ce développement remarquable s'est construit délibérément en dehors du système politique de Bordeaux Métropole, permettant à la commune de conserver son autonomie et de maîtriser ses retombées fiscales.

Un modèle systématisé par Pierre Ducout

Le développement économique de Cestas doit beaucoup à la vision et à l'action de Pierre Ducout, maire de 1972 à 2025. Cet enfant du village, formé au Prytanée militaire de La Flèche et à Polytechnique, a appliqué sans relâche sa stratégie de développement local. Réélu à neuf reprises, il a transformé ce qui n'était qu'un petit village de 3 500 habitants en 1968 en un véritable havre économique comptant aujourd'hui 17 000 habitants et plus de 11 000 emplois.

« On est un satellite indépendant », déclarait Pierre Ducout, soulignant la position particulière de Cestas. La commune a toujours refusé d'intégrer la Communauté urbaine de Bordeaux (devenue Métropole en 2015), préférant former une intercommunalité avec Canéjan et Saint-Jean-d'Illac. Cependant, elle maintient une place stratégique au sein du Schéma de cohérence territoriale (Scot) de l'aire métropolitaine de Bordeaux, où elle défend activement ses intérêts.

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Une stratégie d'accueil des entreprises méthodique

Dès son premier mandat, Pierre Ducout a mis en place une méthode efficace pour attirer les entreprises :

  • Mise à disposition de terrains bien reliés aux réseaux routiers et ferroviaires
  • Financement de l'aménagement par la mairie
  • Cession du foncier à des conditions avantageuses
  • Construction directe de locaux industriels en crédit-bail

Cette approche a porté ses fruits rapidement. Deux ans seulement après sa première élection, Cestas accueillait l'industriel du biscuit l'Alsacienne (devenu LU puis Mondelez). La commune a ensuite su attirer la pépite high-tech Lectra Système, pour laquelle elle a construit elle-même 10 000 m² de locaux industriels.

L'essor de la zone logistique régionale

Les années 2000 et 2010 ont vu l'explosion des entreprises de logistique à Cestas :

  1. C-Logistics (filiale de Cdiscount) s'installe en 2006
  2. Carrefour ouvre une plate-forme de plus de 38 000 m² en 2013
  3. Decathlon, Lidl, Mondial Relay et La Poste suivent le mouvement
  4. Joué Club rassemble ses activités sur 29 000 m² en 2020

Avec plus de 320 000 m² de plates-formes dans les secteurs Jarry et Pot-au-Pin, Cestas est devenue la première zone logistique de Nouvelle-Aquitaine. Les industriels historiques ne sont pas en reste : Unikalo vient d'investir 20 millions d'euros pour augmenter sa surface, tandis que Letierce exploite la plus grosse production de carottes de France sur 2 000 hectares.

Les défis du modèle cestadais

Le succès économique de Cestas présente cependant un revers important : les problèmes de mobilité. Rester hors de Bordeaux Métropole signifie un éloignement des infrastructures de transport en commun. La commune ne dispose que de deux lignes de bus, et 84% des employés se rendent au travail en voiture individuelle.

« Il ne faut pas être en panne de voiture, sinon t'es foutu », témoignait une salariée de Lidl en 2019. Cette dépendance à la voiture devient particulièrement problématique avec la flambée des prix des carburants.

Les entreprises doivent s'adapter à cette réalité. Chez Joué Club, la direction a instauré la semaine de quatre jours « pour gagner en productivité, mais aussi tenir compte des problèmes de mobilité », explique Franck Mathais, porte-parole de l'entreprise.

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L'avenir du modèle

Jérôme Steffe, successeur de Pierre Ducout réélu dès le premier tour en mars dernier, reconnaît que « les entreprises ne sont pas aussi faciles à faire venir » aujourd'hui et que « les logisticiens sont dans la difficulté ». Cependant, il revendique la poursuite de la politique menée pendant plus de cinquante ans et ne pense pas que le « modèle cestadais » soit en train de s'essouffler.

Le défi des transports reste cependant « un gros point noir » selon le nouveau maire, qui devra trouver des solutions pour préserver l'attractivité économique de Cestas tout en améliorant la mobilité des salariés.