Crise énergétique : les États-Unis peinent à compenser l'arrêt des exportations de gaz qatari
États-Unis : infrastructures insuffisantes face à la crise gazière

Les limites de la puissance gazière américaine face à la crise au Moyen-Orient

Malgré une production de gaz naturel liquéfié (GNL) atteignant des niveaux records, les États-Unis se heurtent à un déficit criant d'infrastructures pour compenser l'arrêt brutal des exportations qataries, provoqué par l'escalade des tensions au Moyen-Orient. Cette réalité a été martelée par les dirigeants du secteur réunis à la CERAWeek, la plus grande conférence sur l'énergie tenue à Houston, au Texas.

Un goulot d'étranglement infrastructurel

Les attaques américaines et israéliennes ont conduit l'Iran à bloquer le détroit d'Ormuz, un passage stratégique par lequel transite habituellement près de 20 % du pétrole et du GNL mondial, principalement vers l'Asie et l'Europe. Le Qatar, deuxième exportateur mondial de GNL, a vu ses exportations stoppées après des frappes sur ses installations. Tous les regards se tournent donc vers les États-Unis, devenus le premier exportateur mondial ces dernières années.

« Nous avons les ressources naturelles, mais pas les infrastructures » pour absorber ce choc, reconnaît Charles Riedl, président du Center for Liquefied Natural Gas, qui représente plusieurs géants américains comme Cheniere Energy, Chevron et ConocoPhillips. « Nous ne pourrons pas combler le volume perdu », insiste-t-il lors de ce « Davos de l'énergie ».

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Depuis 2016, les exportations américaines de GNL ont été multipliées par trente, selon l'Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA). Huit terminaux d'exportation sont actuellement en service, huit autres en construction et neuf projets supplémentaires ont été approuvés par l'Autorité de régulation de l'énergie (FERC).

« Mais le secteur américain du GNL n'a pas encore atteint un stade de maturité qui nous permette de disposer d'un surplus d'approvisionnement », souligne Charles Riedl. Il précise que les installations américaines tournent actuellement à environ 135 % de leur capacité habituelle, illustrant une logistique sous haute tension.

Des répercussions mondiales et des craintes pour l'Europe

Cette tension fait craindre à l'Europe, premier marché pour le GNL américain, de ne pas pouvoir constituer ses réserves de gaz pour l'hiver ou de devoir le faire à prix d'or. La région a accru sa dépendance aux États-Unis et au Qatar après avoir renoncé aux gazoducs russes. La Commission européenne a appelé les États membres à ne remplir leurs réserves qu'à 80 % au lieu de 90 %, afin d'atténuer la pression sur les prix.

Jack Fusco, patron de Cheniere Energy, a expliqué devant une salle comble à la CERAWeek que des mesures visant à réduire la consommation se mettaient en place dans différentes régions d'Asie, très dépendantes du gaz. Quelque 80 % du pétrole et presque 90 % du gaz transitant normalement par le détroit d'Ormuz sont destinés à l'Asie.

« Nous allons essayer d'acheminer autant que possible vers les pays d'Asie qui en ont vraiment besoin […], mais nous devons aussi garantir la sécurité et la fiabilité » des flux, a remarqué Jack Fusco.

Le frein persistant des procédures administratives

Un obstacle majeur revient dans toutes les conversations à Houston : le processus américain d'octroi de permis pour construire ou étendre les infrastructures énergétiques. Malgré le retour au pouvoir de Donald Trump en janvier 2025, les lenteurs administratives et les blocages politiques continuent de freiner l'expansion du GNL américain.

Dena Wiggins, présidente de la Natural Gas Supply Association, déclare : « Il y a eu tellement de contentieux et tant d'efforts pour stopper les projets de la part de ceux qui s'y opposent que le système a complètement déraillé ». Les recours environnementaux n'ont pas disparu et visent les projets actuels de terminaux. Au Congrès, plusieurs propositions de loi visant à accélérer les permis n'ont, pour le moment, pas abouti.

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Cependant, le contexte géopolitique actuel crée une « fenêtre d'opportunité », selon Dena Wiggins. Elle assure que « l'impulsion pour la réforme des permis vient des deux partis » républicain et démocrate. Une opinion partagée par le ministre américain de l'Intérieur, Doug Burgum, qui a lancé mercredi à Houston : « Si votre projet est bloqué par un permis […] il existe aujourd'hui une opportunité sans précédent d'obtenir un soutien des deux partis ».

Toutefois, aucune réforme, aussi consensuelle soit-elle, ne fera sortir des terminaux de terre en quelques mois, laissant les marchés énergétiques mondiaux dans l'attente et sous pression.