Robotique : l'Europe doit accélérer face à la Chine et aux États-Unis
Robotique : l'Europe face au défi chinois et américain

Le chancelier allemand sidéré par l'avance chinoise en robotique

Fin février, le chancelier Friedrich Merz s'est rendu à Hangzhou, à 200 kilomètres de Shanghai, dans le cadre de sa visite d'État en Chine. L'objectif : découvrir des usines de robots. Accueilli par un spectacle de danse puis un match de boxe entièrement robotisés, le dirigeant a été frappé par l'avance chinoise. Dans l'avion du retour, il aurait demandé à ses conseillers de préparer un sursaut budgétaire pour soutenir le secteur robotique en Europe.

L'Allemagne, bastion européen de la robotique

L'Allemagne abrite la « Robot Valley » européenne, notamment dans la région de Munich, principal centre d'excellence avec Zurich (hors UE). Grâce au laboratoire de robotique du centre aérospatial allemand (DLR) et à l'Université technique de Munich (TUM), l'écosystème munichois s'appuie sur une concentration industrielle impressionnante : BMW, Audi, MAN, Airbus, Krauss-Maffei. Des milliers de chercheurs et d'ingénieurs y conçoivent les robots de demain, de l'espace à la défense, en passant par l'industrie et la domotique.

Un retard à combler en intelligence artificielle

Selon Rory Sexton, directeur technologique d'Agile Robots, « l'Europe est en avance dans certains domaines de la robotique humanoïde, comme la mécatronique, mais en retard sur la Chine et les États-Unis pour l'intelligence artificielle intégrée aux robots ». Agile Robots, qui emploie 3 500 personnes près du Zoo de Munich, a déployé 20 000 robots. Son dernier modèle, Agile One, a nécessité quatre mois d'apprentissage pour marcher naturellement, mais ne sait toujours pas préparer une tasse de thé. « Les robots ont l'âge mental d'un enfant de 4 ans. Nous visons une maturité équivalente à 16 ans dans les prochaines années », explique Sexton.

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Investissements insuffisants face à la Chine et aux États-Unis

Angela Schoellig, professeure à la TUM, juge les investissements européens « insignifiants ». Alin Albu-Schäffer, directeur du centre de robotique du DLR, renchérit : « La Chine ou les États-Unis investissent des centaines de milliards, l'Europe des dizaines de millions. Il faut se réveiller. » Il rappelle que l'UE perdra 20 millions de travailleurs dans les dix ans : « Voulons-nous importer 20 millions de robots chinois ? » Pourtant, les chercheurs européens publient plus d'articles scientifiques que leurs homologues chinois ou américains, et travaillent sur la robotique humanoïde depuis les années 1980.

Des experts misent sur l'innovation de rupture

Majid Khadiv, professeur assistant à l'université Louis-et-Maximilien de Munich, estime qu'il ne faut pas chercher à rattraper les dix ans d'avance chinoise : « Il faut renoncer au succès immédiat et se préparer pour être en avance au coup d'après. » Il compare avec le secteur automobile : la Chine n'a pas copié les moteurs à essence, elle a misé sur la voiture électrique et a gagné. « Sur le plan scientifique, copier un robot chinois n'a aucun intérêt, il faut inventer son successeur. »

Alin Albu-Schäffer imagine l'étape suivante : reproduire dans un robot la complexité de la main humaine pour des tâches plus complexes. Lorenzo Masia, directeur de l'Institut de robotique et d'intelligence artificielle de Munich (Mirmi), mise sur l'appareil industriel allemand pour collecter des données, cruciales pour perfectionner les robots. Avec son collègue Achim Lilienthal, il dirige le RoboGym, le plus grand espace d'entraînement pour robots, lancé début 2026. « L'avantage compétitif décisif n'est plus la mécanique mais la donnée », assure David Reger, fondateur de Neura Robotics.

Un enjeu de souveraineté et de valeurs

Lorenzo Masia appelle à créer un « Cern de la robotique » en Europe, pour stocker et traiter les données de manière souveraine. Les robots embarquent les choix idéologiques de leurs créateurs : les priorités, valeurs et règles éthiques différeront entre un robot européen, chinois ou américain. Sociologiquement, les Européens préfèrent des robots qui ne leur ressemblent pas trop, contrairement aux modèles chinois et américains qui imitent les visages humains. « C'est une bonne chose, car si l'on invente des robots pour monter des meubles, mieux vaut leur donner quatre bras ! » ironise Majid Khadiv.

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Rory Sexton reste optimiste : « Nous pouvons refaire de l'Europe un cœur industriel. Nous avons la technologie. » Reste à investir massivement.