RTE confirme le retard de l'électrification en France malgré une production bas-carbone record
Retard de l'électrification en France confirmé par RTE

La consommation d'électricité française stagne, révélant un retard inquiétant dans la transition énergétique

Le gestionnaire du réseau de haute tension RTE a publié des données préoccupantes mercredi concernant la consommation électrique en France. L'an dernier, celle-ci est restée pratiquement stable, atteignant 451 térawattheures, soit une augmentation infime de seulement 0,4% par rapport à 2024. Plus inquiétant encore, cette consommation demeure « très en retrait », avec un déficit d'environ 6% par rapport à la période 2014-2019, avant la pandémie de Covid-19 et la crise énergétique déclenchée par la guerre en Ukraine.

Un taux d'électrification qui ne progresse pas

« La consommation d'électricité n'augmente pas », constate Olivier Houvenagel, directeur adjoint de l'économie en charge des études prospectives de RTE. « Surtout, on constate que la part de l'électricité dans la consommation d'énergie finale, donc le taux d'électrification du pays, n'a pas non plus augmenté », ajoute-t-il. Cette stagnation confirme le retard significatif de la France dans sa transition énergétique et sa sortie progressive des énergies fossiles.

Les énergies fossiles restent prédominantes dans le bouquet énergétique français, représentant 56% de la consommation d'énergie finale du pays en 2024. En comparaison, l'électricité ne comptait que pour 27% à la même période. RTE observe toutefois une lueur d'espoir : la dynamique baissière de la consommation d'électricité « s'est arrêtée à partir de 2024 ».

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L'électrification des usages en retard sur les objectifs climatiques

L'électrification des usages, c'est-à-dire la transition vers l'électricité de secteurs encore dépendants des énergies fossiles comme le gaz et le pétrole, « apparaît en retard par rapport aux trajectoires nécessaires pour atteindre les objectifs climatiques de la France », souligne le gestionnaire du réseau. Cette transition concerne plusieurs secteurs clés :

  • Les transports avec le développement des véhicules électriques
  • Le bâtiment avec l'installation de pompes à chaleur
  • L'industrie avec l'adoption de fours électriques

Le gouvernement, qui a fait de cette transition une priorité absolue, doit présenter « dès le printemps » un plan d'électrification de l'économie, selon le ministre de l'Économie et des Finances Roland Lescure. Cette initiative est d'autant plus pertinente que la production d'électricité en France métropolitaine a dépassé son niveau de 2019 et continue sa progression de 1,5% en 2025, atteignant 547,5 térawattheures.

Une production bas-carbone historique

Cette augmentation de la production s'explique principalement par le rétablissement de la disponibilité du parc nucléaire et la progression significative des filières solaire et éolienne, notamment en mer. Plus remarquable encore, l'électricité française est désormais très largement décarbonée, avec un volume de production à 95,2% bas-carbone (nucléaire et renouvelable), un niveau qualifié d'« historique » par RTE.

La production d'origine fossile a ainsi continué à refluer et son niveau « a été le plus faible observé depuis près de 75 ans ». « L'abondance de la production d'électricité bas-carbone française place le pays dans une position très favorable pour se décarboner rapidement et réduire sa dépendance aux énergies fossiles », estime le gestionnaire.

Un avantage compétitif européen

Olivier Houvenagel souligne que « le contenu carbone » de la France, ou empreinte carbone, est l'un des plus faibles en Europe, au deuxième rang après la Norvège. « L'enjeu maintenant, c'est vraiment de pouvoir décarboner les autres usages », poursuit-il. La France dispose d'un avantage significatif par rapport à « d'autres pays dont le mix électrique repose encore largement sur une production fossile ».

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Autre atout majeur : la France est exportatrice nette d'électricité en Europe. La compétitivité de sa production lui a permis d'enregistrer un nouveau record d'exportations en 2025, représentant 92,3 TWh, ce qui équivaut à « la consommation d'électricité annuelle d'un pays comme la Belgique ».

Des prix compétitifs et un rôle stratégique

La France bénéficie également de prix de l'électricité parmi les plus bas d'Europe, particulièrement avantageux par rapport à l'Allemagne et à l'Italie. Le prix spot moyen annuel de l'électricité en France s'établit à 61 euros du MWh, certes au-dessus des 39,4 euros du MWh de 2019, mais nettement en dessous des 275,9 euros du MWh en moyenne en 2022, au plus fort de la crise énergétique.

Enfin, la France joue un rôle stratégique de « carrefour électrique » en Europe, avec des exportations qui transitent vers l'ensemble du continent, « au-delà des seuls pays limitrophes ». Cette position renforce son influence sur le marché européen de l'énergie tout en démontrant la compétitivité de son modèle de production bas-carbone.