Guerre au Moyen-Orient : les pétroliers russes profitent de la flambée des prix
Pétrole : la Russie bénéficie de la guerre au Moyen-Orient

La guerre au Moyen-Orient profite massivement aux producteurs de pétrole russes

Le conflit en Iran ne génère pas que des conséquences négatives dans le secteur énergétique mondial. Alors que le prix du pétrole a franchi la barre symbolique des 100 dollars le baril pour atteindre 114 dollars, son plus haut niveau depuis 2022, certains acteurs tirent particulièrement leur épingle du jeu : les compagnies pétrolières russes.

Une capitalisation en forte hausse pour les géants russes

Dans ce contexte de hausse spectaculaire des cours du brut depuis le déclenchement des hostilités au Moyen-Orient le 28 février, les actions des principaux producteurs russes ont connu des augmentations remarquables. Selon les données rapportées par Euronews citant le Moscow Times, la capitalisation totale des géants pétroliers russes Rosneft, Lukoil, Gazprom Neft, Surgutneftegaz et Tatneft a augmenté de 1 969 milliards de roubles, soit approximativement 21,50 milliards d'euros.

Les titres de Rosneft ont grimpé de 25 % en seulement une semaine et demie, tandis que le cours de Lukoil progressait de 10,2 % et celui de Gazprom Oil de 11 %. Cette performance boursière exceptionnelle contraste fortement avec la situation difficile que traversait le secteur pétrolier russe il y a encore quelques mois.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Le détroit d'Ormuz paralysé, une aubaine pour Moscou

L'acheminement de l'or noir depuis les pays du Golfe est sévèrement perturbé par la guerre au Moyen-Orient. La principale cause réside dans la réduction du trafic maritime à presque zéro dans le détroit d'Ormuz, zone stratégique située au large de l'Iran et des Émirats arabes unis. Cette paralysie représente une opportunité inattendue pour les producteurs de pétrole russes, alors qu'environ 20 % du pétrole mondial transite habituellement par ce passage maritime crucial.

La Russie ne dépend pas de ce point de passage stratégique pour exporter sa production pétrolière. Comme le rappelle Homayoun Falakshahi, analyste chez Kpler, auprès des Échos : "Moscou est un gros exportateur de pétrole en Asie. Puisque les pays du Moyen-Orient exportent surtout vers l'Asie et que le détroit d'Ormuz est dans les faits fermé, Moscou est un grand bénéficiaire."

Le Kremlin se réjouit ouvertement de la situation

Le Kremlin n'a pas caché sa satisfaction face à cette conjoncture favorable. Le 6 mars, Dmitri Peskov, porte-parole du président russe, a indiqué que la guerre en Iran avait stimulé la demande pour les produits énergétiques russes : "Nous constatons une augmentation significative de la demande en ressources énergétiques russes en raison de la guerre en Iran. La Russie a été et reste un fournisseur fiable de pétrole et de gaz."

Cette déclaration intervenait au lendemain de la décision du Trésor américain d'accorder à l'Inde une dérogation de 30 jours lui permettant d'acheter du pétrole russe actuellement bloqué en mer.

Un revirement de situation spectaculaire

La situation actuelle tranche radicalement avec celle de janvier dernier, période durant laquelle les revenus pétroliers russes étaient en chute libre. Il y a seulement deux mois, les producteurs russes étaient contraints de réduire leur production suite à la chute du prix du brut Oural à 40 dollars le baril.

Le pétrole russe invendu s'accumulait alors sur terre et sur mer, avec 150 millions de barils stockés dans des bateaux qui ralentissaient leur vitesse faute de clients, et 16 millions de barils stockés sur terre, occupant la moitié des capacités de stockage disponibles.

Vers un assouplissement des sanctions pétrolières ?

Les sanctions européennes et américaines avaient initialement forcé Moscou à vendre son pétrole en Asie – notamment en Inde, en Chine et en Turquie – à prix cassé. Cependant, l'administration américaine étudierait désormais un ensemble de mesures destinées à enrayer la flambée des prix mondiaux du pétrole en marge de la guerre en Iran.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Selon plusieurs sources interrogées par Reuters, Donald Trump envisagerait d'assouplir les sanctions pétrolières visant la Russie. Lors d'une conférence de presse en Floride le 9 mars, le président américain a déclaré : "Nous avons des sanctions contre certains pays. Nous allons retirer ces sanctions jusqu'à ce que le détroit (d'Ormuz) soit utilisable."

Janis Kluge, expert à l'Institut allemand d'études de sécurité internationale, explique cependant au Moscow Times que la levée des sanctions américaines sur le pétrole russe n'aurait aucun impact sur la pénurie et rapporterait simplement des milliards de dollars à Vladimir Poutine.

Des perspectives financières améliorées pour la Russie

Pour les compagnies pétrolières russes, cette conjoncture représente une "nette amélioration du contexte des prix", selon Vladimir Chernov, analyste chez Freedom Finance Global. Les producteurs russes pourraient engranger des revenus supplémentaires de 8 à 10 millions de dollars par jour, améliorant directement leur trésorerie.

Le budget russe devrait également bénéficier de cette situation favorable. Selon les prévisions d'Alfa Bank, les recettes liées aux matières premières pourraient atteindre 800 à 900 milliards de roubles en mars (environ 9 à 10 milliards d'euros), soit plus du double des niveaux de janvier-février.

Le budget de la Russie pour 2026 est calculé sur la base d'un prix d'environ 59 dollars par baril. Chaque hausse de 11 dollars par baril au-dessus de ce niveau pourrait générer 28 milliards de dollars supplémentaires d'ici la fin de l'année, selon le journal pro-Kremlin Izvestia.

Des implications géopolitiques significatives

Moscou pourrait ainsi continuer à financer son invasion de l'Ukraine, en partie grâce à ses revenus pétroliers qui alimentent sa machine de guerre. Si la Russie connaît effectivement une "augmentation significative" de la demande en hydrocarbures depuis le début du conflit au Moyen-Orient, elle continue cependant de rencontrer des difficultés pour écouler ses produits sur d'autres marchés que celui de l'Asie.

L'Union européenne ayant interdit les importations maritimes de pétrole brut russe en 2022, Moscou cherche de nouvelles opportunités. Lundi, le président russe Vladimir Poutine, ragaillardi par cette nouvelle donne, s'est dit prêt à fournir les Européens en hydrocarbures s'ils se déclarent en faveur d'une "collaboration durable et stable, dépourvue de conjoncture politique" avec Moscou, après avoir menacé quelques jours plus tôt l'Europe d'une coupure anticipée des livraisons de gaz.