Flambée du pétrole : la classe moyenne en première ligne face à l'inflation et au pouvoir d'achat
Le gazole a franchi la barre symbolique des 2 euros le litre en France ce lundi 9 mars 2026, selon une moyenne calculée par l'AFP sur la base des données de stations-service. Ce seuil inédit depuis l'été 2022 traduit concrètement les effets de la guerre en Iran, commencée le 28 février avec les frappes israélo-américaines sur Téhéran, et de la flambée des cours du pétrole. Le prix du baril a dépassé les 100 dollars, tutoyant même brièvement les 120 dollars ce lundi, en raison de la prolongation du conflit et du blocage persistant du détroit d'Ormuz.
Une hausse rapide des prix à la pompe
Dans l'Hexagone, le gazole a pris 28 centimes au litre, soit une augmentation de 16%, depuis dix jours. Le litre d'essence SP95-E10, la plus consommée par les Français, a augmenté de 11 centimes, le portant en moyenne à 1,832 euro. Cette situation est devenue un sujet inflammable pour le gouvernement, appelé à réagir rapidement. Marine Le Pen, cheffe des députés Rassemblement national, a sommé l'exécutif d'abaisser les taxes sur les carburants, tandis que La France insoumise a ressorti son idée de blocage des prix de l'essence.
La ministre déléguée à l'Énergie et porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a déclaré qu'il était trop tôt pour parler de nouvelles aides à l'achat de carburant, bien que le gouvernement étudie tous les scénarios. Elle a annoncé un plan exceptionnel de 500 contrôles de la Répression des Fraudes pour surveiller d'éventuelles hausses abusives des prix à la pompe.
Les analyses de Céline Antonin, économiste à l'OFCE
Céline Antonin, économiste au sein de l'Observatoire français des Conjonctures économiques et spécialiste du pétrole, s'interroge sur les conséquences d'une hausse durable du prix du baril. Elle explique qu'une augmentation de 10% du prix du baril se traduit généralement par 0,4 point d'inflation en France, en raison de la dépendance au pétrole qui représente 5% du panier de consommation des ménages.
« Avec un baril à 110 dollars, c'est une hausse de 50%, ce qui pourrait se traduire par 2 points d'inflation. La France passerait ainsi de 1% à 3% d'inflation, ce qui n'est pas insurmontable mais rognerait immédiatement sur le pouvoir d'achat, car les salaires ne sont pas indexés, sauf le salaire minimum et les minima sociaux », précise-t-elle.
Elle ajoute qu'une hausse de 10% du prix du pétrole entraîne une baisse de 0,1 point de croissance. Dans ce contexte, la croissance déjà faible prévue à 0,9% pourrait tomber à 0,4%, un impact non négligeable. L'envolée des prix du gaz aura également un effet, bien que plus infime, tout comme les autres matières premières transitant par le détroit d'Ormuz.
Un impact hétérogène sur la population
Céline Antonin souligne que l'impact de la hausse des prix ne sera pas uniforme. « L'élément déterminant sera la contrainte des modes de transport : ceux qui n'ont pas d'autre choix que d'emprunter leur voiture vont bien plus subir la hausse que ceux qui se déplacent en métro. Il y aura une vraie dichotomie entre urbains et ruraux ».
Sur le plan des revenus, les plus pauvres seront relativement épargnés grâce à l'indexation du smic et des minima sociaux sur l'inflation. Les plus riches auront suffisamment de revenus disponibles pour faire face. C'est surtout la classe moyenne qui subira le plus directement les conséquences, ainsi que certaines professions fortement dépendantes du pétrole, comme les pêcheurs ou les agriculteurs.
La question du pouvoir d'achat devrait ainsi s'imposer au cœur du débat pour l'élection présidentielle de 2027, selon l'économiste.
Les propositions politiques et leurs limites
Concernant l'appel du RN à baisser les taxes sur les carburants, Céline Antonin rappelle que la TVA est contrainte par la directive européenne, et que seuls les produits essentiels peuvent bénéficier d'une TVA réduite, ce qui n'est pas le cas de l'essence. « Baisser les taxes enverrait un signal contradictoire avec l'objectif de décarbonation de l'économie », estime-t-elle.
L'idée de blocage des prix évoquée par LFI est jugée plus intéressante, mais à utiliser en dernier recours, car elle coûte cher et n'est pas ciblée. « Il vaudrait mieux envisager des actions ciblées, comme un bouclier tarifaire limité à certaines professions ou aux plus contraints, mais uniquement si le prix du carburant explose », suggère-t-elle.
En conclusion, Céline Antonin note que ces crises récurrentes montrent à quel point il est indispensable de réduire la dépendance au pétrole pour éviter d'être otage des cours et des conflits, notamment au Moyen-Orient.



