Le pétrole s'envole à plus de 115 dollars, un choc historique lié au conflit au Moyen-Orient
Le marché pétrolier mondial connaît une flambée historique ce lundi, avec le baril de pétrole qui explose littéralement en raison de la prolongation du conflit au Moyen-Orient. En quelques heures seulement, les cours ont bondi de 30%, dépassant le seuil symbolique des 115 dollars, un niveau jamais atteint depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie.
Une envolée spectaculaire des cours
Vers 03h30 GMT, le baril de WTI, référence du marché américain, s'est envolé de 25,30% à 113,90 dollars, après avoir même brièvement bondi de 30%. De son côté, le baril de Brent de la mer du Nord, référence mondiale, flambait de 22,99% à 114 dollars. Cette hausse vertigineuse intervient alors que les marchés de l'énergie restent suspendus aux développements au Moyen-Orient, où la situation ne cesse de se dégrader.
Depuis le début de l'offensive américano-israélienne contre l'Iran, le WTI s'est apprécié de 70%, une performance jamais vue sur une période aussi courte. Même l'invasion de l'Ukraine par la Russie, qui avait vu le baril grimper jusqu'à 130,50 dollars début mars 2022, n'avait pas provoqué de mouvements aussi violents et soudains.
Le détroit d'Ormuz, point de tension majeur
Au dixième jour du conflit, la paralysie quasi-totale du détroit d'Ormuz alimente particulièrement les inquiétudes. Ce passage stratégique, par lequel transite environ 20% de l'offre mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL), est devenu un point de tension majeur. Le baril de pétrole a dépassé les 100 dollars dès la réouverture des échanges après le week-end, une première depuis juillet 2022.
Malgré les annonces de l'Agence américaine de développement DFC, qui a mis en place un mécanisme de réassurance pouvant atteindre 20 milliards de dollars pour faciliter le passage du détroit, et les déclarations rassurantes du ministre américain de l'Énergie Chris Wright, la circulation reste quasi-paralysée. Seuls quelques navires s'identifiant comme chinois auraient réussi à passer, selon des informations de presse.
Vers un véritable choc pétrolier ?
Lloyd Chan, analyste de la banque MUFG, observe avec inquiétude que « les perturbations de l'approvisionnement s'intensifient, les données de suivi des navires confirmant l'arrêt du trafic maritime ». Il n'hésite pas à parler de « choc pétrolier », une expression qui fait frémir les économies mondiales.
L'extension du conflit exacerbe également les inquiétudes sur la production d'hydrocarbures. L'Arabie saoudite a encore intercepté lundi plusieurs drones qui se dirigeaient vers le gisement pétrolier de Shaybah, dans le sud-est du pays, déjà attaqué la veille. Plusieurs pays producteurs ont déjà réduit leur production :
- Les Émirats arabes unis et le Koweït ont diminué leur extraction
- L'Irak a annoncé une baisse d'environ 3 millions de barils par jour
- Les frappes israéliennes ciblant des installations de stockage de carburant en Iran renforcent les risques
Impact mondial sur les économies
En Asie, très dépendante des hydrocarbures du Moyen-Orient, la flambée du pétrole a fait dévisser lundi les places boursières, de Tokyo à Taipei en passant par Séoul. La Corée du Sud, quatrième plus gros importateur de brut mondial, et le Japon, cinquième importateur, sont particulièrement exposés.
Stephen Innes, de SPI Asset Management, note que « le Japon et la Corée sont des moteurs industriels géants qui fonctionnent au pétrole importé. Lorsque le prix du brut flambe, il se répercute directement sur les entreprises : les coûts des intrants explosent, les anticipations d'inflation grimpent ».
Les experts de Moody's ajoutent qu'« une hausse significative et durable des prix du pétrole mettrait à rude épreuve les régions importatrices », entraînant « une augmentation des prix à la consommation et des coûts de production à l'échelle mondiale », ce qui éroderait le pouvoir d'achat des ménages et pèserait sur l'investissement.
Réactions politiques et mesures d'urgence
Alors que la flambée sans précédent des cours pénalise déjà les consommateurs américains, Donald Trump a rapidement réagi sur son réseau Truth Social, déclarant que ce coup de chaud était un « tout petit prix à payer pour la paix et la sécurité des États-Unis et du monde ».
Face à cette crise, plusieurs pays envisagent des mesures d'urgence :
- La Chine a demandé à ses principaux raffineurs de suspendre leurs exportations de gazole et d'essence
- Le Japon réfléchit à ouvrir ses réserves pétrolières stratégiques
- Les États-Unis pourraient élargir la levée temporaire des sanctions sur le pétrole russe
Cette dernière mesure fait suite à l'autorisation accordée à l'Inde jeudi dernier, montrant la volonté des grandes puissances de soulager un marché en pleine panique. La situation reste extrêmement tendue, et les prochains jours seront déterminants pour l'évolution des cours et l'approvisionnement énergétique mondial.



