Pétrole à 100 dollars : l'Europe face à un troisième choc pétrolier en dix ans
Le conflit au Moyen-Orient et la fermeture stratégique du détroit d'Ormuz ont fait grimper le baril de pétrole au niveau symbolique des 100 dollars. Cette flambée des prix, si elle devait se prolonger, pourrait avoir des conséquences dramatiques pour l'économie européenne. En effet, avec cette guerre au Moyen-Orient, l'Europe subit un troisième choc pétrolier en seulement dix ans, après la crise des gilets jaunes en 2018 et la guerre en Ukraine en 2022. Cette succession de crises illustre avec acuité notre fragilité énergétique au quotidien. Nous faisons le point avec deux experts de l'association Expertise climat.
Deux scénarios inquiétants pour l'avenir
Alors que la politique américaine reste illisible et ne rassure pas les marchés financiers, deux scénarios principaux sont à envisager. Le premier serait celui d'un conflit de quelques semaines, auquel Donald Trump, sous pression électorale, mettrait fin rapidement pour éviter une crise politique aux États-Unis due à la flambée des prix à la pompe. Cela permettrait aux Européens de s'en sortir à moindre mal, avec des perturbations limitées.
L'autre hypothèse, bien plus alarmante, serait celle d'une guerre de plusieurs mois. Cela entraînerait des tensions durables sur les marchés pétroliers et pourrait avoir des conséquences lourdes pour l'Europe. « Si les tensions sur les prix durent, nous ne sommes pas à l'abri d'une crise comme celle qu'on a vécue en 2018 », affirme Patrice Geoffron, professeur d'économie à Paris Dauphine et directeur du Centre de géopolitique de l'énergie. « La compétitivité industrielle de nos voisins européens comme l'Allemagne pourrait être fragilisée, avec un impact qui se mesure en dixièmes de point de PIB. Dans ces conditions, on ne peut pas exclure une entrée en récession de l'Europe. »
Les aides publiques : une solution coûteuse et inéquitable
La situation de 2026 présente toutefois une différence notable avec celle de 2022 : le choc reste concentré sur le pétrole et n'affecte pas pour l'heure le prix du gaz. Grâce aux mesures prises par l'Europe pour réorganiser l'offre et les circuits de distribution, les prix n'explosent pas comme cela avait pu être le cas précédemment. La nécessité de mettre en place un bouclier tarifaire apparaît ainsi moins urgente, d'autant que cette mesure avait coûté très cher aux finances publiques.
« Le coût des remises sur le prix des carburants en 2022 est estimé à 8 milliards d'euros », précise Anissa Saumtally, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques. Ces subventions avaient permis de faire baisser temporairement l'inflation, mais les études montrent qu'elles ont davantage profité aux ménages les plus aisés et n'ont eu aucun effet incitatif en faveur de la transition écologique. Une « mauvaise idée » à oublier selon l'économiste, qui préconise plutôt la mise en place d'aides ciblées et plafonnées à l'usage, comme l'avait fait l'Allemagne en 2022, avec une subvention limitée à 80 % de la consommation habituelle.
Quelles leçons tirer pour l'avenir ?
Quel que soit le scénario vers lequel on s'achemine dans les semaines à venir, une chose est sûre : « il n'y a pas d'autre choix que d'accélérer la décarbonation » selon Patrice Geoffron. « Nous sommes toujours extraordinairement dépendants du pétrole. Or, un bon baril de pétrole, c'est un baril qu'on n'achète pas, car à la moindre crise cela crée un stress incroyable. » L'économiste rappelle ainsi que les 8 milliards d'euros dédiés au bouclier tarifaire auraient pu permettre de mettre en place des politiques plus durables, comme le leasing social pour les voitures électriques ou des aides massives pour l'achat de pompes à chaleur.
Cette crise souligne l'urgence de réduire notre dépendance aux énergies fossiles. Les leçons à tirer sont claires :
- Investir massivement dans les énergies renouvelables.
- Développer des politiques de subventions ciblées et équitables.
- Accélérer la transition écologique pour éviter de futures crises.
L'Europe doit saisir cette occasion pour renforcer sa résilience énergétique et préparer un avenir plus stable et durable.



