Flambée historique du pétrole au-dessus de la barre des 100 dollars
Le prix du baril de pétrole a franchi ce lundi 9 mars le seuil psychologique des 100 dollars, atteignant même brièvement les 120 dollars, après dix jours de conflit au Moyen-Orient. Cette envolée spectaculaire fait suite à des destructions d'infrastructures énergétiques et à la menace d'un blocage durable du détroit d'Ormuz, par lequel transitent 20% des flux mondiaux de pétrole et de gaz naturel.
Des répercussions immédiates sur le portefeuille des Français
Cette flambée des cours a déjà des conséquences concrètes pour les consommateurs. Dans l'Hexagone, le prix au litre dépasse désormais les 2 euros, déclenchant l'inquiétude des Français à quelques jours des élections municipales. Le carburant représente en moyenne 13% du budget des ménages français, une sensibilité qui place le gouvernement sous pression.
Le gouvernement prêt à puiser dans les réserves stratégiques
Roland Lescure, le ministre de l'Économie, a déclaré à la sortie d'une réunion du G7 Finances : « Nous sommes prêts à prendre toutes les mesures nécessaires, y compris en puisant dans les réserves de stock stratégique de manière à stabiliser les marchés ». Cette solution, évoquée plus tôt par le président Emmanuel Macron, a déjà contribué à calmer les cours du pétrole.
L'Agence internationale de l'énergie impose à ses membres de conserver au moins 90 jours de réserves stratégiques pour faire face à un choc pétrolier. La France, qui détient des stocks pour 118 jours, a déjà utilisé cette mesure cinq fois par le passé. Une coordination internationale permettrait de relâcher mécaniquement la pression sur les cours mondiaux.
Une rustine psychologique face aux risques de pénurie
Anthony Morlet-Lavidalie, économiste chez Rexecode, commente : « C'est un peu une rustine de court terme, mais cette annonce a un effet psychologique important sur les marchés : elle permet de montrer que les politiques se tiennent prêts à agir et qu'il n'y a pas de risque de rupture d'approvisionnement, ce qui serait le pire des scénarios ». Le gouvernement martèle depuis plusieurs jours qu'aucune pénurie n'est à craindre.
Pas de retour au « quoi qu'il en coûte » de 2022
Contrairement à 2022, lorsque l'invasion de l'Ukraine par la Russie avait provoqué une flambée des prix de l'énergie, le gouvernement exclut aujourd'hui de dégainer un nouveau bouclier tarifaire massif. Maud Bregeon, la ministre de l'Énergie, a répondu à RTL : « Il est trop tôt pour en parler », concernant des aides ciblées pour les ménages.
À la place, l'exécutif a annoncé un plan de 500 contrôles sur trois jours pour surveiller d'éventuels abus, fraudes ou tromperies dans les stations-service. Bercy explique vouloir garantir « la transparence et la loyauté de l'information » pour assurer « le choix libre et informé du consommateur ».
Les oppositions réclament des mesures plus fortes
Le Rassemblement national et La France insoumise mettent la pression sur le gouvernement pour en faire davantage. Le RN propose une baisse des taxes, notamment de la TVA à 5,5% sur les produits énergétiques, une mesure qui coûterait environ 17 milliards d'euros selon l'exécutif. De son côté, LFI souhaite bloquer les prix à la pompe, une option écartée en 2022 en raison des risques de pénuries et des coûts pour l'État.
Les leçons du passé et les contraintes budgétaires actuelles
En 2022, le gouvernement avait opté pour une remise à la pompe, puis un chèque carburant pour les travailleurs modestes en 2023, tout en prenant en charge une grande partie de la facture d'électricité et de gaz. Selon la Cour des comptes, ce bouclier avait coûté environ 36 milliards d'euros, dont 8 milliards pour les mesures sur le carburant.
Anthony Morlet-Lavidalie estime : « Aujourd'hui, nous ne pouvons pas nous permettre de creuser le déficit à 6 ou 7% sans prendre le risque qu'une crise de la dette nous tombe dessus, d'autant plus que les marchés sont nerveux : nous sommes arrivés au moment où nous pouvons dire que nous n'avons plus de marge de manœuvre ». Selon lui, la seule solution pertinente serait une indemnisation ex post des ménages les plus modestes, une fois le choc mesuré.



