Poutine suit le cours du pétrole pour financer la guerre en Ukraine
Poutine suit le pétrole pour financer la guerre en Ukraine

Poutine annonce en personne la flambée du baril de pétrole

À 5h30, heure de Moscou, le prix du baril a dépassé les 119 dollars, avant de redescendre à 107, puis à 106 dollars. Ce n'est pas un analyste du secteur pétrolier, mais bien Vladimir Poutine qui a improvisé cette information financière lundi 9 mars, au cours d'une réunion conviée en urgence au Kremlin. L'intérêt marqué du président russe pour le cours du brut est parfaitement compréhensible : l'État russe tire approximativement un quart de ses revenus totaux des hydrocarbures. Ainsi, la récente envolée spectaculaire des cours, directement liée à l'embrasement géopolitique au Moyen-Orient, lui permet de renflouer significativement ses caisses et, par conséquent, de contribuer au financement de la guerre en Ukraine.

Un contexte international favorable à Moscou

Le feu vert de trente jours accordé par Washington à l’Inde pour acheter du brut russe a constitué une autre excellente nouvelle pour le Kremlin. Cerise inespérée sur le gâteau : Donald Trump a même évoqué publiquement la possible levée de certaines sanctions économiques, ouvrant des perspectives supplémentaires. Cette embellie contraste fortement avec la situation morose qui prévalait il y a seulement quelques semaines.

À cette période, les barils russes, transportés à bord d’une « flotte fantôme » pour contourner les sanctions internationales, étaient vendus à de forts rabais dans un contexte de marché surapprovisionné. Le résultat fut sans appel : en janvier et février, les revenus gaziers et pétroliers de la Russie ont chuté de 47 % sur un an, mettant sous tension les finances publiques.

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L'euphorie est-elle justifiée ? Les défis structurels persistent

L'euphorie actuelle est-elle prématurée ? L'industrie pétrolière russe est-elle réellement à même d'augmenter ses volumes de production et d'exportation pour capitaliser sur cette conjoncture ? Tatiana Mitrova, chercheuse au prestigieux Center on Global Energy Policy de la Columbia University, détaille pour nous les conséquences complexes de la crise iranienne pour Moscou.

L'Express : Dans quelle mesure la Russie peut-elle tirer parti de la situation actuelle pour vendre davantage de pétrole à la Chine ?

Tatiana Mitrova : Avant le conflit en Ukraine, la Russie était en concurrence frontale avec l'Iran pour approvisionner les raffineries indépendantes chinoises. Maintenant que les livraisons iraniennes sont fortement limitées par les tensions régionales, Moscou prend mécaniquement le relais. Cependant, les perspectives de croissance à la hausse restent structurellement limitées. Accroître substantiellement la production nécessiterait d’importants et coûteux investissements en amont, dans un contexte de sanctions. Surtout, elle fait face à des contraintes logistiques majeures : les oléoducs stratégiques reliant l'Extrême-Orient russe à la Chine fonctionnent déjà à pleine capacité, tandis que les pétroliers opérant depuis les ports orientaux tournent en continu, sans marge de manœuvre significative.

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