La pénurie de carburants en France : une réalité temporaire et localisée
Le week-end pascal a été marqué par des tensions importantes sur l'approvisionnement en carburants en France. Mais doit-on véritablement parler de pénurie généralisée ou s'agit-il d'un phénomène conjoncturel lié à des circonstances spécifiques ? La situation observée lundi 6 avril à Bordeaux et Bègles offre un éclairage révélateur sur cette question.
Des stations désertées face à des prix divergents
À Bordeaux, sur le quai de la Souys, la station TotalEnergies apparaît complètement désertée en ce lundi après-midi. Après des heures de files d'attente interminables aux pompes et dans l'attente d'un camion d'approvisionnement qui ne devait arriver que le mardi à 9 heures, la direction a finalement jeté l'éponge. Successivement, le SP95, le SP98 et enfin le gazole ont fini par manquer.
À seulement cinq minutes de là, la station-service Esso Express située boulevard Jean-Maurice-Bosc à Bègles présente un tableau radicalement différent. Aucune voiture n'attend alors que ses cuves sont encore pleines. L'explication réside dans la différence de prix : alors que TotalEnergies affichait un gazole à 2,08 € avant de fermer, la station Esso Express propose le même carburant à 2,50 € le litre.
Le plafonnement des prix : un succès inédit aux conséquences imprévues
Frédéric Péchavy, dirigeant du groupe lot-et-garonnais Péchavy Énergies Distribution et Transport, apporte un éclairage précieux sur cette situation. Avec 120 conducteurs et 100 camions, son entreprise assure l'approvisionnement en carburants pour 70% de son activité totale.
« La pénurie ne concerne quasiment que les stations TotalEnergies », affirme-t-il avec conviction. « 90% d'entre elles étaient dans cette situation ce lundi de Pâques. » Selon lui, cette situation résulte de la conjonction de plusieurs facteurs : le succès inédit du plafonnement des prix mis en place par TotalEnergies (2,09 € le litre de gazole et 1,99 € le litre de super), les grands départs en vacances et/ou en week-end de Pâques, et une tendance au surstockage de la part des particuliers et professionnels inquiets des nouvelles hausses potentielles liées aux troubles géopolitiques actuels.
Une chaîne logistique mise à rude épreuve
Depuis le 14 mars et la mise en place du plafonnement des prix par TotalEnergies, la fréquentation de ses stations a littéralement explosé. « La semaine dernière nous avons livré deux fois plus de gazole qu'une semaine normale », reconnaissait la direction du groupe ce lundi. « Nous avons même obtenu l'autorisation préfectorale de livrer ce lundi de Pâques... Mais la fréquentation prend le dessus. »
Avec ses 3 200 stations, TotalEnergies représente un tiers du total des stations-service en France. La rupture temporaire de sa chaîne logistique a donc naturellement renforcé le sentiment de pénurie générale. Cette impression a été accentuée par les difficultés pratiques rencontrées lors de l'autorisation exceptionnelle de livraison en ce lundi férié : les dépôts de pétrole et les compagnies de transport ont eu du mal à mobiliser leurs personnels durant ce jour chômé.
Un retour à la normale attendu
« On parle bien d'un sentiment, pas d'une réalité », martèle le directeur général de Péchavy Énergies Distribution et Transport. Pour preuve, il ajoute : « Ces derniers jours, nous avons été sursollicités par TotalEnergies, mais les autres acteurs ont été globalement moins demandeurs de livraisons. »
Ce mardi 7 avril marque un tournant décisif. La chaîne d'approvisionnement devrait retrouver son fonctionnement normal, et la concurrence également. En effet, TotalEnergies a choisi cette date pour mettre fin à sa mesure de plafonnement des prix, ce qui devrait permettre une rééquilibration progressive du marché et une atténuation des tensions observées durant le week-end pascal.



