L'ETS, pilier climatique de l'UE, sous le feu des critiques
Alors que l'industrie européenne subit de plein fouet la flambée des prix de l'énergie, certains pays, dont l'Italie et l'Allemagne, envisagent sérieusement d'affaiblir un outil emblématique du leadership climatique de l'Union européenne : son marché des quotas carbone, connu sous l'acronyme ETS (Emissions Trading System). Cette initiative soulève une question cruciale : s'agit-il d'une solution pour redonner de la compétitivité à l'Usine-Europe, ou au contraire d'une mesure qui pourrait lui tirer une balle dans le pied à plus long terme ?
Un système clé mis à mal par la crise énergétique
Créé en 2005, l'ETS est un mécanisme qui impose aux grandes industries polluantes, telles que l'acier, l'aluminium, le ciment, la chimie, le verre, le papier, le maritime et l'aviation, de payer en fonction de leurs émissions de CO2. Ce système récompense les entreprises vertueuses utilisant une énergie décarbonée, tout en pénalisant les plus polluantes, contribuant ainsi à faire de l'UE l'espace économique le plus avancé au monde en matière de climat.
Pourquoi ce dispositif, vieux de deux décennies, est-il aujourd'hui au cœur des débats ? La réponse réside dans la crise énergétique exacerbée par le conflit au Moyen-Orient, qui a fait grimper les coûts du gaz, dont l'UE importe 90 %. Face à cette pression, des voix, notamment à droite, plaident pour sacrifier l'ETS afin de soulager les industriels. Cette semaine, les leaders européens se sont réunis à Bruxelles pour discuter du sort de ce marché, cherchant des solutions pour modérer l'impact des coûts énergétiques.
Une offensive politique croissante
Les critiques envers l'ETS ne se limitent plus aux milieux industriels ; elles gagnent du terrain au niveau politique. Des pays comme l'Autriche, la Pologne, la République tchèque, la Hongrie, ainsi que l'Italie et l'Allemagne, ont exprimé leur mécontentement, allant jusqu'à évoquer une possible suspension du système. Cette offensive intervient à un moment clé, alors qu'une révision du fonctionnement de l'ETS est prévue d'ici l'été 2025.
Cette dynamique s'inscrit dans un contexte plus large : depuis début 2025, l'UE a engagé un détricotage significatif de ses législations vertes, au nom de la compétitivité économique. Cependant, cette approche n'est pas sans risques, car elle pourrait compromettre les objectifs climatiques à long terme.
Des défenseurs déterminés du marché carbone
Malgré les pressions, l'ETS compte de puissants défenseurs. L'Espagne, le Danemark, la Suède, le Portugal, la Finlande, la France et la Commission européenne ont volé à son secours en amont du sommet européen. Pour eux, affaiblir l'ETS serait non seulement une mauvaise nouvelle pour le climat, mais aussi une erreur stratégique pour l'Europe.
Le commissaire européen au Climat, Wopke Hoekstra, a résumé la situation en déclarant que « blâmer ce système pour la faible compétitivité de l'UE relève de la paresse intellectuelle ». De son côté, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a souligné que sans l'ETS, l'Europe consommerait 100 milliards de mètres cubes de gaz supplémentaires, augmentant ainsi sa vulnérabilité et sa dépendance aux énergies fossiles importées.
Vers un compromis européen ?
Face à ces tensions, les Européens pourraient opter pour une voie médiane. Plutôt que de supprimer l'ETS, ils pourraient envisager une révision temporaire et ciblée, par exemple en ralentissant l'augmentation prévue du prix par tonne de carbone dans les prochaines années. Cette approche permettrait de concilier les impératifs de compétitivité industrielle à court terme avec les objectifs climatiques à long terme, évitant ainsi de sacrifier un outil essentiel pour la transition énergétique de l'UE.



