Le gouvernement français prévoit de réunir les compagnies aériennes le 6 mai prochain pour faire le point sur l'approvisionnement en kérosène des aéroports français, a annoncé le ministère des Transports mercredi. Cette réunion, initialement évoquée mardi par le ministre de l'Économie Roland Lescure, vise à anticiper les besoins de la saison estivale, période de forte activité pour le transport aérien.
Contexte de tensions au Moyen-Orient
Depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient le 28 février, l'importation de pétrole et de carburant d'aviation depuis les pays du Golfe est devenue impossible. Cette situation a alimenté les craintes d'une pénurie future de kérosène. L'Europe a tenté d'augmenter ses importations depuis l'Amérique du Nord et de faire fonctionner ses raffineries à plein régime, sans parvenir à compenser les volumes qui transitent habituellement par le détroit d'Ormuz, représentant 20 % de son kérosène.
Stocks stratégiques et rassurances
Interrogé au Sénat mercredi, Roland Lescure s'est voulu rassurant : « J'avais eu l'occasion de dire fin mars que nous n'aurions aucun enjeu d'approvisionnement au mois d'avril : ça a été le cas. Je suis en mesure de vous dire aujourd'hui que pour le mois de mai, nous ne sommes pas non plus inquiets. » Il a ajouté que les stocks stratégiques de kérosène n'avaient pas été entamés, avec moins de 2 millions de barils utilisés sur près de 100 millions de barils disponibles.
La réunion du 6 mai doit aborder plusieurs points : « les volumes, les prix, les politiques d'annulation, le respect et la protection des consommateurs », selon le ministre.
Menace de pénurie à plus long terme
Malgré ces assurances, le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, a averti vendredi : « Si la situation perdure encore deux ou trois mois, nous entrerons dans une ère de pénurie énergétique. » TotalEnergies est l'un des principaux fournisseurs de kérosène en Europe.
Les difficultés d'approvisionnement devraient toucher les aéroports de manière inégale. Christelle de Robillard, directrice de la stratégie du Groupe ADP, gestionnaire des aéroports de Roissy et Orly, a expliqué mercredi : « Nous sommes, par rapport à d'autres, plutôt dans une meilleure situation », grâce à un oléoduc reliant ces aéroports aux raffineries de la région du Havre. En revanche, les aéroports plus petits et éloignés des terminaux pétroliers risquent de connaître davantage de difficultés.
Réactions et perspectives européennes
Le 21 avril, l'Union européenne a indiqué réfléchir à des mesures pour faire face à la crise, notamment une plus grande souplesse sur la non-utilisation des créneaux aéroportuaires ou sur les volumes de kérosène obligatoirement achetés sur place pour décoller depuis un aéroport européen.
Mardi, sur la chaîne américaine CNBC, le directeur général de Ryanair, Michael O'Leary, a estimé que les compagnies européennes souffriraient davantage des prix élevés du kérosène que d'éventuelles pénuries. « La vaste majorité du kérosène en Europe vient d'Amérique, de Norvège et d'Afrique de l'Ouest. Il n'y a pas de perturbations sur ces approvisionnements [...] Il est de plus en plus improbable qu'il y ait des ruptures de stock tant que rien n'entrave les flux depuis l'Afrique de l'Ouest, l'Amérique et la Norvège vers l'Europe », a-t-il déclaré.



