Jonzac : Les forages géothermiques au cœur d'un débat municipal animé
Lors de la séance du conseil municipal du 8 avril dernier, consacrée aux budgets annexes, les élus ont engagé un échange approfondi et parfois tendu concernant la gestion des trois forages de la ville. Le maire, Christophe Cabri, a présenté un état des lieux détaillé, tandis que l'opposition, menée par Jean-François Mougard, a exprimé de vives préoccupations quant à la sécurité et la durabilité du système.
Le forage Soenna 2 : Un potentiel prometteur mais des défis à relever
Christophe Cabri a mis en avant les atouts du forage Soenna 2, troisième puits profond creusé en 2021, atteignant près de 2 000 mètres de profondeur. « Il présente un débit d'environ 100 mètres cubes à l'heure », a-t-il précisé. « Nous avons obtenu une autorisation d'exploitation valable jusqu'en juin 2026 pour 65 m³. Actuellement, entre 20 et 25 m³ sont destinés aux Thermes, et 30 à 35 m³ alimentent les Antilles. De plus, nous explorons la possibilité d'utiliser Soenna 2 avec des pompes à chaleur pour chauffer la ville, ce qui ouvrirait de nouvelles perspectives énergétiques. »
Les inquiétudes de l'opposition : Une roue de secours indispensable
Jean-François Mougard, élu de l'opposition et spécialiste des questions énergétiques, a immédiatement réagi en soulignant les risques associés à la dépendance actuelle. « Il est essentiel de distinguer les usages thermal et thermique », a-t-il affirmé. « Concernant l'usage thermal, le plus critique, que devient le forage Soenna 1 ? Nous avons impérativement besoin d'une roue de secours. Historiquement, Jonzac a toujours fonctionné avec deux forages en service. J'ai appris que le forage Lomega, mis en service en 1993, rencontre des problèmes et est actuellement à l'arrêt. Cela signifie que le thermalisme repose désormais sur un seul forage. Un incident sur ce dernier entraînerait l'arrêt des Thermes, une situation gravissime pour notre économie locale ! »
L'arrêt brutal de Lomega : Une expertise en cours
Le maire a reconnu les difficultés liées au forage Lomega, dont l'arrêt soudain remonte au 6 décembre 2024. « Une expertise est en cours pour déterminer les causes exactes de cette panne », a expliqué Christophe Cabri. « L'avenir nous éclairera sur ce qui s'est passé. Il semble que ce forage ait été négligé par le concessionnaire. Nous attendons les résultats de l'expertise et les recommandations de notre avocat. Nous savons qu'il faudra intervenir pour inspecter la situation. » Toutefois, il s'est voulu rassurant en indiquant que le forage historique Soenna 1, créé en 1979, pourrait être remis en service « en quelques jours » si nécessaire, assurant ainsi l'alimentation des Thermes.
La question des rejets dans la Seugne : Un enjeu environnemental majeur
Jean-François Mougard a également pointé du doigt un autre sujet sensible : les rejets dans la rivière Seugne. « La municipalité a perdu beaucoup de temps sur la connexion du troisième forage », a-t-il critiqué. « Aujourd'hui, pour les eaux prélevées, qu'elles soient issues de la géothermie ou des eaux thermales, quelles solutions sont envisagées au-delà des rejets dans le milieu naturel ? La problématique ne se limite pas aux volumes, mais concerne également les quantités de chlorure, qui posent un risque environnemental. »
La réponse du maire : Des travaux en cours et des investissements conséquents
Christophe Cabri a répliqué avec fermeté : « Nous sommes parfaitement conscients de ces enjeux, et nous y travaillons depuis deux ans ». « Personne ne vous a parlé de l'osmose inverse ? Depuis votre départ de Jonzac, les choses n'ont pas stagné ; nous avons poursuivi nos efforts sans relâche ! Nous n'avons rien à cacher. Nous savons que, si demain, il faut recreuser Lomega, cela coûtera entre 1 et 1,50 million d'euros. Je rappelle simplement qu'au cours du dernier mandat, nous avons investi 14 millions d'euros dans le chauffage urbain et la géothermie. » La direction générale des services de la Ville a confirmé qu'une restitution complète des travaux réalisés ces cinq dernières années sera prochainement organisée. « Nous maîtrisons toutes les problématiques, et des solutions concrètes seront annoncées lors de la prochaine commission énergie. »
Ce débat municipal a ainsi mis en lumière les défis complexes liés à la gestion des ressources géothermiques à Jonzac, entre potentiel économique, sécurité d'approvisionnement et responsabilité environnementale, nécessitant une vigilance accrue de la part des autorités locales.



