Le Japon opte pour le charbon face à la crise énergétique
Dans un contexte de tensions géopolitiques au Moyen-Orient, le Japon a décidé d'assouplir temporairement ses restrictions sur les centrales à charbon. Cette mesure, annoncée par les autorités nippones vendredi, vise à atténuer les effets de la crise énergétique qui sévit depuis le début du conflit il y a vingt-huit jours.
Une réponse à l'incertitude sur les approvisionnements
Le ministère de l'Industrie a présenté ce projet à un panel d'experts qui l'a approuvé. Un responsable du ministère a justifié cette décision lors d'une réunion diffusée en ligne : « Compte tenu de la situation actuelle au Moyen-Orient qui affecte les prix des combustibles, nous pensons que l'incertitude concernant les futurs achats de gaz naturel liquéfié (GNL) augmente ».
Il a ajouté : « Nous pensons qu'il sera nécessaire, en augmentant l'opération des centrales à charbon, de garantir un approvisionnement stable ». Jusqu'à présent, les fournisseurs d'électricité étaient incités à maintenir le taux de fonctionnement des centrales thermiques au charbon à 50 % ou moins, en raison de leurs importantes émissions de dioxyde de carbone.
Les détails de la mesure controversée
Le gouvernement prévoit désormais d'autoriser l'exploitation à pleine capacité de centrales plus anciennes et moins efficaces. Cette mesure d'urgence devrait permettre « d'économiser environ 500 000 tonnes de GNL », selon le responsable ministériel.
Le Japon produit environ 70 % de son électricité grâce à des centrales thermiques :
- 30 % au charbon
- 30 % au gaz naturel liquéfié (GNL)
- Un peu moins de 10 % au pétrole
Les critiques des défenseurs du climat
Yoko Mulholland, du think tank climatique E3G, a exprimé ses craintes à l'AFP : les projets de levée des restrictions sur les centrales à charbon « accroissent le risque que le Japon ne parvienne pas à atteindre son objectif de fermeture progressive des centrales à charbon inefficaces d'ici 2030 ».
Elle a ajouté que cette mesure menace non seulement la santé du climat, mais risque également de « plonger le Japon dans un cercle vicieux de dépendance aux énergies fossiles ». Cela pourrait retarder les progrès vers l'objectif du Premier ministre Sanae Takaichi d'atteindre une autosuffisance énergétique nationale à 100 %.
« Cette crise a mis en lumière les risques liés à la dépendance aux énergies fossiles importées, et il est temps pour le Japon de changer de cap et de faire des énergies renouvelables un atout stratégique national », a-t-elle insisté.
Un phénomène régional en Asie
Le Japon n'est pas le seul pays asiatique à se tourner vers le charbon pour maintenir l'activité économique. Le détroit d'Ormuz reste de facto fermé par l'Iran depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient le mois dernier, perturbant les livraisons d'énergie.
La Corée du Sud prévoit ainsi de lever le plafond mis en place sur la capacité de production de ses centrales à charbon, tout en augmentant le fonctionnement de ses centrales nucléaires. Les Philippines projettent également d'accroître la production de leurs centrales à charbon afin de contenir les coûts de l'électricité.
La dépendance énergétique du Japon
Le Japon est le cinquième importateur de pétrole de la planète. Quelque 94 % de son pétrole proviennent du Moyen-Orient et 93 % transitent par le détroit d'Ormuz. Cette dépendance explique les mesures d'urgence prises par Tokyo.
Le gouvernement a annoncé jeudi avoir commencé à puiser dans une nouvelle partie de ses réserves stratégiques de pétrole, après avoir entamé la semaine dernière le déstockage de l'équivalent de quinze jours de réserves pétrolières du secteur privé.
Cette situation illustre les défis auxquels font face les pays dépendants des importations d'énergies fossiles en période de crise géopolitique, et les compromis difficiles entre sécurité énergétique et transition écologique.



