Guerre en Iran : les grossistes carburant face à une hausse brutale des cours pétroliers
Guerre en Iran : les grossistes carburant sous pression financière

Guerre en Iran : les grossistes carburant face à une hausse brutale des cours pétroliers

Sur fond de conflit armé en Iran, les cours mondiaux du pétrole ont franchi ce lundi 8 mars la barre symbolique des 100 dollars, créant une onde de choc immédiate sur le marché des carburants en France. Le Brent a bondi de 15,07% à 106,66 dollars le baril, tandis que le brut léger américain (WTI) progressait de 14,05% à 103,67 dollars.

Une répercussion immédiate à la pompe

Cette flambée des cours s'est déjà traduite par une hausse significative des prix à la pompe la semaine dernière. Le gazole a ainsi augmenté de 29 centimes en seulement huit jours, dépassant désormais la barre symbolique des 2 euros en moyenne nationale. Il s'agit de la plus forte hausse depuis 2022, période marquée par l'invasion russe en Ukraine qui avait déjà provoqué une augmentation de 25 centimes.

Face à cette situation préoccupante pour les automobilistes, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé dimanche un plan exceptionnel de 500 contrôles cette semaine dans les stations-service par la DGCCRF, visant spécifiquement à traquer les "hausses abusives" potentielles.

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Le témoignage éclairant d'un grossiste catalan

Jean-Marc Formenty, président de la CPME Occitanie pour le secteur des stations-service et centres de lavage, ainsi que grossiste dans les Pyrénées-Orientales, détaille les conséquences concrètes de cette crise sur son activité. "Quand un particulier paye 10 euros de plus pour son plein, imaginez comment le grossiste doit trouver la trésorerie pour renouveler ses stocks", explique-t-il.

Le professionnel chiffre l'impact : "À mon niveau, c'est quatre millions d'euros en plus actuellement pour garder le même stock en cuve. Je réalise environ un million d'euros de chiffre d'affaires par jour. Si le prix du pétrole augmente de 30%, cela représente 300 000 euros de dépenses supplémentaires quotidiennes."

Cette pression financière contraint les grossistes à répercuter rapidement la hausse : "En sachant qu'il y a des administrations qui vous payent à 35 ou 45 jours, comment faites-vous ? Je suis obligé de répercuter très vite cette hausse des cours pour pouvoir racheter."

Les limites de la marge des stations-service

Jean-Marc Formenty nuance cependant le rôle des stations-service dans cette inflation : "Si le gouvernement baissait ses taxes au lieu de faire des contrôles dans les stations, ça commencerait pourtant à réguler un peu le prix à la pompe. Depuis Mitterrand, c'est l'État qui a les clés du camion et gère la TICPE. Les stations, elles, n'ont guère plus de 3 centimes de marge."

La ministre déléguée à l'Énergie et porte-parole du gouvernement, Maud Brégeon, a pour sa part estimé qu'il était "trop tôt" pour évoquer de nouvelles aides à l'achat de carburant, écartant provisoirement le retour d'un chèque énergie ou une modulation de la TICPE.

Les causes multifactorielles de la flambée

Plusieurs éléments se conjuguent pour expliquer cette situation tendue :

  • La guerre en Iran qui perturbe les approvisionnements
  • Les spéculations financières sur les marchés pétroliers
  • L'allongement des trajets maritimes pour contourner l'Afrique
  • Les réductions de production en Irak et au Koweït
  • Les baisses anticipées de production aux Émirats arabes unis et en Arabie saoudite

Jean-Marc Formenty redoute particulièrement un scénario catastrophe : "Que les puits de pétrole soient bombardés dans les pays du Golfe."

Des réserves stratégiques pour stabiliser les marchés

Face à cette crise, les ministres des Finances du G7 ont discuté ce lundi d'une libération conjointe des réserves stratégiques de pétrole. Le ministre français de l'Économie, Roland Lescure, a déclaré : "Nous sommes prêts à prendre toutes les mesures nécessaires, y compris en puisant dans les réserves de stocks stratégiques de manière à stabiliser les marchés."

Les pays membres de l'Agence internationale de l'Énergie (AIE) détiennent actuellement plus de 1,2 milliard de barils de stocks d'urgence, auxquels s'ajoutent 600 millions de barils de stocks industriels.

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Perspectives et analyse sectorielle

Malgré l'inquiétude légitime, Jean-Marc Formenty appelle au calme : "On vit tous au jour le jour mais il ne faut pas céder à l'affolement. Si on reste calmes, on traversera cette période comme on en a traversé d'autres."

Il rappelle que "50% du produit que l'on consomme est raffiné sur le territoire français et 50% déjà raffiné et acheté à l'étranger. Si les bateaux peuvent arriver des États-Unis ou du Venezuela, les 50% de pétrole lourd, on peut les assurer. Si les marchés sont bloqués d'un côté, ils se réorganiseront de l'autre."

Concernant l'évolution des prix à la pompe, le professionnel se montre prudent : "Pas sûr" qu'ils s'envolent, rappelant qu'en 2023, lors du choc pétrolier lié à la guerre en Ukraine, Total avait bloqué pendant plusieurs semaines le prix de ses carburants à 1,99 euros. La direction régionale de Total n'a cependant pas souhaité commenter une éventuelle mise en place d'un prix plancher dans le contexte actuel.

La situation reste donc extrêmement volatile, avec des professionnels du secteur contraints de gérer au jour le jour des défis de trésorerie colossaux, tandis que les automobilistes français doivent composer avec des prix à la pompe en nette augmentation.