La géothermie, une énergie d'avenir pour la souveraineté française
Pierre Brossollet, fondateur du groupe Arverne, leader français des solutions géothermales, considère la géothermie comme un levier majeur de souveraineté énergétique encore largement sous-exploité en France. Ingénieur et ancien cadre pétrolier à l'étranger, il préside également Avenia, pôle de compétitivité situé à Pau et spécialisé dans les industries du sous-sol. Pour l'auteur du livre « La solution est sous nos pieds », la géothermie représente une énergie propre, locale et inépuisable, essentielle pour l'avenir énergétique du pays.
Le principe de la géothermie : une énergie du bon sens
La géothermie puise la chaleur naturellement présente dans le sous-sol. Elle se divise en deux types principaux :
- La géothermie de surface, déployable sans contrainte sur 90% du territoire français, limitée à 200 mètres de profondeur. Elle permet de remonter la température du sous-sol, généralement autour de 14-15°C, pour la transformer en chaleur via une pompe à chaleur ou la restituer pour refroidir.
- La géothermie profonde, qui s'appuie sur des forages allant de 1 000 à 3 000 mètres pour puiser de l'eau chaude entre 30 et 150°C et utiliser ses calories avant restitution.
Comme l'explique Pierre Brossollet, « La géothermie, c'est l'énergie du bon sens. La chaleur ne peut pas parcourir de grandes distances, c'est donc une énergie consommée là où elle est produite, en circuits courts. »
Un développement à la croisée des chemins en France
Actuellement, la géothermie représente moins de 0,8% de l'énergie en France, alors que 70% de la chaleur provient du gaz. Pourtant, son potentiel est gigantesque : c'est une ressource inépuisable, disponible toute l'année et indépendante des aléas climatiques et géopolitiques. Ces dernières années, une prise de conscience a émergé, mais les intentions ne sont pas encore suivies d'effets concrets.
En 2023, Agnès Pannier-Runacher annonçait un plan d'action pour développer la géothermie en remplacement du gaz russe à hauteur de 100 TWh. Le secteur attend maintenant la sortie des décrets d'application de ce plan, ainsi que ceux de la mission « commando géothermie » de François Bayrou prévue pour 2025.
La géothermie, atout de souveraineté dans un contexte de tensions énergétiques
Les tensions actuelles sur les prix de l'énergie renforcent l'importance de la géothermie. « La France est dans une situation inédite où elle est totalement pieds et poings liés à des puissances étrangères pour ses énergies », souligne Pierre Brossollet. Pour la première fois de son histoire, le pays doit faire des choix qui ne sont pas uniquement économiques, mais aussi stratégiques pour préserver sa liberté.
Dans ce contexte, la géothermie apparaît comme un atout de souveraineté, au même titre que le nucléaire et les énergies renouvelables pour l'électricité. « C'est l'un des leviers majeurs pour reprendre notre destin énergétique en main. Mais cela demande du courage politique, celui d'anticiper et d'investir sur le long terme plutôt que de perpétuer des modèles obsolètes », insiste-t-il.
Les entreprises et collectivités, acteurs clés du développement
Les entreprises commencent à s'intéresser à la géothermie, qui peut répondre à leurs besoins énergétiques. Arverne a ainsi accompagné des usines dans des projets géothermiques. Cependant, l'engagement reste timide comparé à des pays comme la Suisse, qui s'est massivement tournée vers cette énergie.
« On ne pourra pas assurer la réindustrialisation du pays en étant aussi dépendant du gaz que nous le sommes actuellement », avertit Pierre Brossollet. Il estime que les collectivités seront motrices dans le développement de la géothermie. C'est pourquoi Arverne met son expertise au service des territoires pour les aider à reprendre la main sur les enjeux énergétiques.
La France dispose de tous les atouts technologiques
La technologie géothermique est simple et parfaitement maîtrisée. La France, et particulièrement le Béarn sur le bassin de Lacq, possède l'ensemble de la chaîne de valeur : des ingénieurs géologues aux fabricants et installateurs de pompes à chaleur, en passant par les centres de recherche et développement, bureaux d'études et sociétés de forage.
« Le sous-sol va être une clé de la transition énergétique et le territoire béarnais a beaucoup à y gagner », conclut Pierre Brossollet. Avec des ressources humaines et techniques déjà en place, le pays a toutes les cartes en main pour faire de la géothermie un pilier de son indépendance énergétique.



