Gaz en Europe : la vulnérabilité énergétique se répète face aux crises géopolitiques
Un sentiment de déjà-vu saisissant s'empare des marchés énergétiques européens. En février 2022, le Vieux Continent se retrouvait avec des réserves de gaz particulièrement basses, avoisinant seulement 30 % de ses capacités totales. Cette fragilité, que beaucoup considéraient alors comme temporaire, s'est transformée en une crise énergétique majeure après l'invasion de l'Ukraine par la Russie, alors principal fournisseur de gaz de l'Europe.
Mars 2026 : une répétition inquiétante
Quatre ans plus tard, l'histoire semble se répéter de manière troublante. Après un hiver plus rigoureux que prévu, l'Europe compte à nouveau des stocks de gaz extrêmement réduits, dans des proportions similaires à celles de 2022. Et comme à cette époque, un nouveau conflit géopolitique vient brutalement révéler la vulnérabilité énergétique du continent.
L'attaque conjointe des États-Unis et d'Israël contre l'Iran, suivie des représailles de Téhéran, a provoqué un véritable séisme sur les marchés de l'énergie. Ces derniers jours, les prix du gaz ont bondi de plus de 35 % en Europe, créant une onde de choc dans toute l'économie européenne.
Le GNL : une solution fragile
Le Vieux Continent se trouve particulièrement exposé à travers sa dépendance croissante au gaz naturel liquéfié (GNL), le substitut choisi pour réduire sa dépendance au gaz russe. "Si les flux de GNL transitant par le détroit d'Ormuz sont réduits, la disponibilité mondiale sur le marché spot se resserre immédiatement", analyse le think tank bruxellois Bruegel.
Cette situation critique pourrait contraindre l'Europe à rivaliser avec les acheteurs asiatiques pour les cargaisons flexibles de GNL, un scénario déjà observé lors de la crise énergétique de 2021-2023. Une telle concurrence ne ferait qu'augmenter les coûts des opérations de remplissage des stocks, dont la campagne doit débuter prochainement.
Des décisions politiques contestées
"Nous n'avons rien appris du passé. Nos dirigeants ont la mémoire d'un poisson rouge", déplore Thierry Bros, enseignant à Sciences Po Paris. L'expert critique particulièrement la décision de la Commission européenne d'abaisser les objectifs contraignants de remplissage des stocks.
Après avoir instauré des seuils de 80 % en 2022 puis 90 % en 2023, l'institution a décidé l'an dernier de revenir à l'obligation de 80 %, dans un souci de flexibilité et d'adaptation aux conditions du marché. "C'était un choix de Bisounours. On s'est placé tout seul dans une situation très délicate", soupire l'expert des hydrocarbures.
Une stratégie énergétique remise en question
Cette situation est d'autant plus préoccupante que l'Union européenne s'est engagée à cesser tous ses achats de GNL en provenance de Russie d'ici la fin de l'année, réduisant encore ses marges de manœuvre.
"Les coïncidences existent-elles en géopolitique de l'énergie ? Honnêtement, je ne le pense pas", commente Francesco Sassi, chercheur à l'Université d'Oslo. "Les responsables politiques européens ont fait fi de la crise, qui a commencé avant même que la Russie n'envahisse l'Ukraine. Cet épisode est la énième démonstration de l'absurdité de la stratégie consistant à se détourner du gaz russe au profit du GNL."
Le chercheur norvégien ajoute que tous les pays fortement dépendants de cette stratégie en paieront le prix fort, soulignant les faiblesses structurelles de la politique énergétique européenne face aux réalités géopolitiques.



