La France face à l'incertitude énergétique : la loi Gremillet et les défis de la PPE
France : incertitude énergétique et défis de la PPE

La France face à l'incertitude énergétique : la loi Gremillet et les défis de la PPE

Alors que la proposition de loi « portant programmation nationale et simplification normative dans le secteur économique de l’énergie », communément appelée loi Gremillet, suscite des débats animés à l’Assemblée nationale, la France se trouve à un carrefour crucial pour redéfinir sa trajectoire énergétique. Cependant, cette redéfinition s’accompagne d’une grande incertitude quant aux orientations à prendre. Combien de capacités solaires et éoliennes faut-il prévoir pour l’avenir, alors que l’électrification de l’économie progresse lentement ? Combien de nouveaux réacteurs nucléaires doit-on programmer, et à quel coût ? Le gouvernement promet une nouvelle programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), mais les délais s’allongent, les reports se multiplient et les hésitations persistent.

Les risques d'une indécision coûteuse

Pour Jacques Percebois, économiste et expert reconnu du secteur énergétique, cette indécision a un prix élevé, qui ne se limite pas à la facture des consommateurs. En accumulant des promesses sans arbitrage clair, la France s’expose à un cocktail explosif : des surcapacités de production, des prix de l’électricité imprévisibles et un système énergétique sous tension. Dans un entretien exclusif, il détaille les enjeux de cette situation critique.

Pourquoi la PPE est-elle si cruciale ?

Jacques Percebois : La programmation pluriannuelle de l’énergie va définir la trajectoire énergétique de la France pour les quinze prochaines années. Cette trajectoire déterminera non seulement la composition de notre mix électrique, mais aussi la stabilité du système et, in fine, le niveau des prix. On parle ici d’un document à forte portée politique, technique et économique. Si les choix faits aujourd’hui sont mal calibrés, on risque de déséquilibrer le système. Et les conséquences seront payées par les consommateurs.

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L'instabilité des prix de l'électricité

Depuis 2022, le prix de l’électricité est devenu imprévisible. Cette instabilité s’explique par le fonctionnement du marché de gros, où les prix se fixent heure par heure selon l’offre et la demande, en s’alignant sur le coût marginal de la dernière centrale appelée pour produire. En période de faible demande, avec des conditions météorologiques favorables aux énergies renouvelables, des centrales peu coûteuses suffisent, ce qui peut entraîner des prix très bas, voire négatifs. En revanche, en période de tension, on mobilise des centrales à gaz plus chères, et les prix s’envolent.

Le problème des prix négatifs

L’incapacité à stocker l’électricité à grande échelle aggrave cette situation. Lorsque la production dépasse la consommation, l’excédent doit être absorbé en temps réel pour éviter de déstabiliser le réseau. Cela conduit à rémunérer des industriels pour qu’ils consomment davantage, ou des pays voisins pour stocker ce surplus via des stations de pompage. Au final, ce sont les consommateurs qui supportent ces pertes.

Le rôle des énergies renouvelables

Le développement rapide des énergies renouvelables contribue à cette instabilité, car elles produisent en fonction de la météo et non des besoins réels. Cette croissance, combinée à une demande qui évolue plus lentement que prévu, crée des excédents. De plus, certains contrats de soutien rémunèrent les producteurs dès qu’ils injectent de l’électricité, même lorsque les prix de marché sont nuls ou négatifs, ce qui les incite peu à réguler leur production. Le gouvernement tente d’y remédier en suspendant, par exemple, les compléments de rémunération lorsque les prix sont négatifs, des ajustements jugés indispensables.

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Les renouvelables feront-elles baisser les prix ?

La réponse n’est pas simple. Bien que le coût de fonctionnement du solaire ou de l’éolien soit nul, leur coût en capital reste élevé. Les deux autres tiers du prix sont constitués par les réseaux et les taxes. De plus, les renouvelables induisent des « coûts système » – tels que l’intermittence, les moyens de secours, le raccordement des lignes et le pilotage du réseau – financés par le tarif d’utilisation des réseaux, qui est appelé à augmenter.

Les objectifs de la PPE sont-ils réalistes ?

La PPE prévoit un triplement de l’éolien et un quadruplement du solaire d’ici à 2035. Selon Jacques Percebois, cela est très risqué, car cela repose sur l’hypothèse d’une électrification rapide des usages. En réalité, l’électrification progresse moins vite que prévu dans des secteurs comme les transports ou l’industrie. Si on développe massivement les capacités sans que la demande suive, on risque de se retrouver en surcapacité, avec un système instable et des coûts accrus.

Faut-il ralentir l'essor des renouvelables ?

Pas nécessairement, mais il faut mieux calibrer leur intégration dans le mix énergétique. Il est essentiel de sortir de l’illusion que l’éolien offshore à 45 €/MWh est une solution miracle, car ce prix n’intègre pas les coûts de réseau, de stockage ou de back-up, et ne tient pas compte de la pertinence d’ajouter une production dont on n’a pas besoin.

La relance du nucléaire : une bonne direction ?

Absolument, à condition d’en faire un choix stratégique assumé. La France a la chance de disposer d’un parc nucléaire existant, que l’on peut prolonger à moindre coût. Il faut investir dans de nouveaux EPR pour remplacer les réacteurs vieillissants, et développer des petits réacteurs modulaires (SMR) pour des besoins plus ciblés.

Quel cap doit suivre la PPE ?

Elle doit fixer des priorités claires : miser sur une énergie que l’on maîtrise et intégrer les renouvelables à un rythme compatible avec nos besoins réels et nos capacités d’absorption. Il faut cesser d’empiler les objectifs technologiques sans cohérence économique. Une PPE, ce n’est pas un inventaire, c’est une stratégie.