Le gisement norvégien Fensfeltet révèle un potentiel de terres rares presque doublé
Le gisement de Fensfeltet, situé dans le sud-est de la Norvège, dévoile des réserves de terres rares quasiment deux fois supérieures aux estimations initiales, selon de nouvelles données publiées mardi par la compagnie détentrice des droits d'extraction. Cette révision à la hausse, d'environ 80%, stimule considérablement les ambitions européennes en matière d'autonomie stratégique, alors que le continent dépend actuellement entièrement de la Chine pour ces métaux critiques.
Une réévaluation spectaculaire des ressources
À 150 kilomètres au sud-ouest d'Oslo, le gisement de Fensfeltet recèlerait désormais 15,9 millions de tonnes d'oxydes de terres rares, contre 8,8 millions de tonnes estimées précédemment en 2024. Rare Earths Norway (REN), la société propriétaire, a communiqué ces chiffres actualisés suite à de nouveaux carottages réalisés sur le site. Cette augmentation substantielle place Fensfeltet au cœur des stratégies industrielles et géopolitiques européennes.
Alf Reistad, directeur général de REN, a déclaré : « Nous nous attendons à ce que l'augmentation substantielle des ressources estimées rende le projet de Rare Earths Norway encore plus stratégique pour la Norvège et l'Union européenne. Les autorités doivent faire preuve de détermination en mettant en place les conditions-cadres nécessaires pour assurer la première extraction européenne de terres rares. »
Un enjeu crucial pour l'autonomie européenne
Les terres rares sont des métaux indispensables à la transition énergétique et numérique, classés comme matières premières critiques par l'Union européenne. Actuellement, aucun gisement de terres rares n'est exploité sur le sol européen, créant une dépendance totale vis-à-vis de la Chine, leader mondial du secteur. La découverte norvégienne pourrait changer la donne.
Les nouvelles estimations confirment la présence sur Fensfeltet de quantités importantes de néodyme et de praséodyme, éléments essentiels à la fabrication de « super aimants » utilisés dans :
- Les véhicules électriques
- Les énergies vertes (éoliennes notamment)
- Les applications de défense
REN souligne que « ces terres rares sont considérées par la Commission européenne comme les matières premières les plus critiques concernant le risque d'approvisionnement ».
Des défis environnementaux considérables
Malgré ce potentiel économique et stratégique, le projet se heurte à des obstacles environnementaux majeurs. Le gisement contient également des quantités « significatives » de niobium et de thorium, qui pourraient devenir des sous-produits à forte valeur ajoutée. Cependant, le développement du site minier est prévu dans une zone écologiquement sensible.
Les promoteurs envisagent certes une « mine invisible » avec extraction et concassage souterrains, mais le parc minier de surface serait implanté dans une zone recouverte de forêts naturelles anciennes, riches en biodiversité. Des expertises ont recensé dans cette zone :
- 78 espèces animales et végétales placées sur la liste rouge des espèces menacées
- Différents coléoptères saproxyliques (liés au bois mort)
- Des ormes de montagne et des frênes communs
- Une quarantaine de types de champignons
- Diverses mousses protégées
Un calendrier de développement ambitieux
Après plusieurs retards, Rare Earths Norway envisage désormais d'entamer l'extraction des terres rares dans la première moitié de la décennie 2030. Ce projet représente un équilibre délicat entre impératifs économiques, stratégiques et environnementaux. La décision finale des autorités norvégiennes et européennes sera cruciale pour l'avenir de l'autonomie stratégique du continent en matières premières critiques.
La réévaluation des réserves de Fensfeltet transforme ce gisement en un atout géopolitique majeur pour l'Europe, tout en posant des questions fondamentales sur la compatibilité entre développement industriel et préservation des écosystèmes fragiles. Le débat entre souveraineté minière et protection environnementale s'annonce intense dans les prochaines années.



