L'Europe dans la tourmente énergétique : la saison 2 de « Breaking Gaz »
Dans la saga de la décarbonation européenne, la saison 2 est lancée avec fracas. Après la guerre en Ukraine, le conflit au Moyen-Orient vient brutalement rappeler au Vieux Continent sa vulnérabilité face aux hydrocarbures. Le scénario est digne d'un feuilleton haletant : l'Europe, dépendante à 63 % des importations de pétrole, de gaz et de charbon, saura-t-elle enfin se libérer de cette emprise ? Les signaux sont alarmants, et les enjeux n'ont jamais été aussi critiques pour l'avenir énergétique et climatique du continent.
Saison 1 : l'échec de la souveraineté après l'Ukraine
En 2022, la guerre en Ukraine a révélé l'extrême dépendance de l'Europe aux énergies fossiles russes. À l'époque, environ 45 % du gaz et 27 % du pétrole consommés sur le continent provenaient de Russie. Pour y répondre, Bruxelles a lancé le plan REPowerEU, visant à accroître la souveraineté énergétique par une production accrue d'électricité, une meilleure efficacité et une diversification des fournisseurs. Des progrès ont été enregistrés : la consommation de gaz dans l'Union européenne a reculé de plus de 15 % depuis 2021, et les énergies renouvelables, comme l'éolien et le solaire, produisent désormais près de la moitié de l'énergie consommée.
Cependant, la souveraineté énergétique reste un vœu pieux. Au lieu de rompre radicalement avec les fossiles, l'UE a simplement reporté sa dépendance sur d'autres régions. Le pétrole russe a été remplacé par celui du Moyen-Orient, des États-Unis et d'Afrique, sans réduire la consommation globale. Le gaz russe, quant à lui, a cédé la place au gaz naturel liquéfié (GNL) américain et qatari, ainsi qu'au gaz norvégien. Jan Rosenow, professeur de politique énergétique et climatique à l'université d'Oxford, analyse : « En diversifiant nos approvisionnements vers le GNL, nous n'avons pas pleinement tiré les leçons de la guerre en Ukraine. »
Saison 2 : le réveil brutal du Moyen-Orient
En 2026, la guerre au Moyen-Orient vient bouleverser la donne. Suite à des frappes israélo-américaines contre l'Iran, le détroit d'Ormuz, point de passage stratégique pour environ 20 % du pétrole et du GNL mondial, est bloqué. Des sites gaziers au Qatar sont également ciblés, perturbant les approvisionnements pour des pays européens comme l'Italie et la Belgique, et faisant flamber les cours du gaz. Cette nouvelle crise offre une occasion historique pour l'Europe de prendre le tournant électrique, tant pour des raisons sécuritaires que financières.
Une Europe dépendante du gaz et du pétrole est plus fragile que jamais, face à la menace militaire russe et au chantage commercial américain. L'accord conclu en 2025 entre la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le président américain Donald Trump, dont la ratification est suspendue, illustre cette vulnérabilité : il impose à l'Europe de tripler ses importations d'hydrocarbures américains sur trois ans, pour une facture de 750 milliards de dollars. Des milliards qui pourraient être investis dans la neutralité carbone.
L'électrification : seule voie d'émancipation
Neil Makaroff, expert cité dans « Décarboner ou décliner », souligne les enjeux sociaux : « Le niveau de vie des ménages ne sera pas garanti tant qu'ils seront soumis à la volatilité des prix des énergies fossiles. L'émancipation des classes moyennes et populaires ne passera que par l'électricité, seule énergie que les Européens maîtrisent et produisent. » Il appelle à un grand plan d'électrification de l'Europe, incluant le déploiement de voitures électriques, de pompes à chaleur et une réindustrialisation verte.
Pourtant, ces chantiers sont menacés. Les partis de droite et d'extrême droite mènent une guerre contre la voiture électrique et l'éolien, sapant les efforts de décarbonation. Cette opposition risque de pénaliser les classes moyennes, qui paieront cher sur leur facture de gaz si le conflit au Moyen-Orient persiste. L'Europe doit résister à ces assauts internes pour éviter une saison 3 encore plus dramatique. La bataille pour l'indépendance énergétique est loin d'être gagnée, mais l'électrification reste le meilleur remède contre l'appauvrissement et la dépendance.



