Faute de gaz, des Indiens cuisinent avec de la bouse de vache sacrée
En Inde, la bouse de vache remplace le gaz pour cuisiner

Une solution ancestrale relancée par la guerre au Moyen-Orient

Depuis le blocage du détroit d’Ormuz, par lequel transite 60 % des besoins de l’Inde en gaz naturel liquéfié, les bonbonnes de gaz se font rares dans les campagnes indiennes. Une partie des habitants se tourne vers une alternative ancestrale : le biogaz produit à partir de bouses de vaches, animal sacré dans ce pays à majorité hindoue. Ce système, encouragé depuis les années 1980 par New Delhi, voit son adoption accélérée par la crise actuelle.

À Nekpur, la cuisine au biogaz devient la norme

Dans le village de Nekpur, dans l’Uttar Pradesh à une trentaine de kilomètres de New Delhi, Gauri Devi fait cuire ses chapatis sur un réchaud alimenté non pas par une bonbonne de gaz, mais par du méthane issu de bouses de vache. « On peut tout préparer avec », du thé aux légumes en passant par les lentilles, dit-elle simplement. Depuis le blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran, voie par laquelle transitent 60 % des besoins du pays en gaz naturel liquéfié (GNL), obtenir une bonbonne est devenu un parcours du combattant. Malgré les assurances du gouvernement qu’« il n’y a pas de pénurie », les habitants font parfois la queue des heures pour s’en procurer une, entre retards d’approvisionnement, achats de panique et marché noir. À Madalpur, village voisin, une centaine de personnes attendent sous une chaleur accablante. Mahendri, 77 ans, patiente depuis trois jours.

Une « mini-usine » dans la cour

Le principe du méthaniseur domestique est simple : dans son étable, Gauri Devi mélange des seaux de bouses avec de l’eau, verse le mélange dans un réservoir souterrain surmonté d’un ballon de stockage, et le méthane produit alimente sa cuisine par canalisation. Les boues résiduelles servent d’engrais, un avantage d’autant plus précieux que le commerce mondial des fertilisants est lui aussi perturbé par la guerre au Moyen-Orient. « La boue, c’est de l’or noir », affirme Pritam Singh, responsable agricole local. Son voisin Pramod Singh possède depuis 2025 une unité alimentée par 30 à 45 kilos de bouses par jour, provenant de quatre vaches. « Le fumier est vraiment excellent », assure-t-il.

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Une politique publique de longue date

Ce n’est pas une improvisation de crise. Depuis les années 1980, New Delhi encourage la production de biogaz en zones rurales et a subventionné plus de cinq millions de méthaniseurs. Le coût d’une installation domestique est compris entre 25 000 et 30 000 roupies (225 à 270 euros), souvent largement pris en charge par l’État. Des dizaines d’immenses usines de méthanisation sont actuellement en construction à travers le pays, dans le cadre des engagements indiens de neutralité carbone d’ici 2070, l’Inde étant le troisième pollueur mondial derrière la Chine et les États-Unis. Dans ce pays à majorité hindoue où la vache est sacrée et où bouse et urine bovines servent traditionnellement à enduire les murs, de combustible ou lors de rituels, la transition vers le biogaz rencontre peu de résistances culturelles. Depuis le début de la crise, un agriculteur local dit avoir contribué à installer quinze nouvelles unités dans son seul village l’an dernier.

Des limites réelles

Mais le biogaz reste une solution partielle. « Les unités de biogaz ne sont pas de simples équipements, ce sont des mini-usines », prévient A.R. Shukla, président de l’Association indienne du biogaz. « Elles nécessitent une installation, un fonctionnement régulier et de la maintenance. » Et pour les plus précaires, même subventionné, le coût initial reste un obstacle. « Nous travaillons toute la journée sur les terres des autres, nous n’avons pas de terrain pour ça », résume Ramesh Kumar Singh, journalier agricole. L’Inde consomme plus de 30 millions de tonnes de GNL par an et en importe plus de la moitié. Le biogaz ne représente encore qu’une faible part des combustibles de cuisson, mais la crise est en train d’accélérer une transition que New Delhi appelle de ses vœux depuis des décennies.

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