L'Europe face à une nouvelle menace énergétique majeure
Les frappes récentes contre l'Iran et les craintes croissantes d'un blocage prolongé du détroit d'Ormuz placent l'Europe au bord d'un choc énergétique potentiellement dévastateur. Cette situation intervient moins de quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, qui avait déjà provoqué une envolée historique des prix du gaz naturel sur le continent. Le détroit d'Ormuz représente bien plus qu'un simple couloir pour le pétrole : c'est une artère vitale pour les approvisionnements en gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance du Qatar, dont l'Europe reste dépendante malgré des réductions récentes.
Une dépendance au GNL qatari qui pourrait coûter cher
Ana Maria Jaller Makarewicz, chercheuse à l'Institute for Energy Economics and Financial Analysis à Londres, alerte sur les risques considérables : "L'impact potentiel est considérable car ce détroit est la principale artère du commerce pétrolier et gazier mondial. Pour l'Europe, ce sont les importations de GNL en provenance du Qatar qui sont en jeu." Le timing est particulièrement défavorable : l'Union européenne s'est engagée à stopper définitivement tous ses achats de GNL russe d'ici la fin de l'année, alors même que les stocks européens de gaz sont actuellement faibles, à seulement 30% des besoins après l'hiver.
La situation est d'autant plus préoccupante que deux facteurs se conjuguent dangereusement. D'une part, la nécessité de reconstituer les réserves stratégiques avant le prochain hiver. D'autre part, la disparition programmée des approvisionnements russes, alors que Moscou reste le deuxième fournisseur de GNL du Royaume-Uni. Dans ce marché déjà contraint, la "disparition" même temporaire du Qatar pourrait faire flamber les prix à des niveaux comparables à ceux observés au début de la guerre en Ukraine, selon l'experte.
Le pétrole : une situation moins critique mais préoccupante
Concernant le pétrole, la sécurité énergétique européenne apparaît moins directement menacée, mais les risques de volatilité des prix demeurent importants. Les États-Unis sont devenus le premier fournisseur de pétrole de l'UE, suivis par la Norvège, le Kazakhstan et la Libye. L'Arabie saoudite ne représentait que 6,8% des importations européennes au troisième trimestre 2025. "Notre sécurité énergétique n'est pas en jeu… Ce qui ne veut pas dire que les prix ne vont pas grimper, surtout si le conflit s'enlise", nuance la chercheuse.
Les États-Unis, grands gagnants énergétiques
À court terme, les principaux bénéficiaires de cette crise sont clairement les États-Unis. Grâce aux investissements massifs réalisés ces dernières années dans la production de gaz et de pétrole de schiste, ainsi que dans les capacités de liquéfaction du gaz, leur puissance exportatrice est devenue extrêmement forte. En cas de perturbation des approvisionnements qataris, les États-Unis seront en mesure de répondre au surcroît de demande européenne de manière durable. Les opérateurs américains prévoient même de doubler leur capacité de liquéfaction et d'exportation d'ici à 2029, selon l'Agence américaine d'information sur l'énergie.
La Chine, autre victime potentielle
La Chine se trouve également menacée par cette guerre de l'énergie, l'approvisionnement énergétique constituant le talon d'Achille de son modèle économique. Le géant asiatique absorbait à lui seul 8% de la production iranienne de pétrole, tandis que le Qatar fournissait 23% de son GNL. Un blocage durable du détroit d'Ormuz fragiliserait considérablement Pékin, qui pourrait être contraint de s'approvisionner davantage auprès de la Russie malgré les sanctions économiques pesant sur les géants énergétiques russes Rosneft et Lukoil.
Cette crise pourrait donc profondément chambouler la carte énergétique mondiale, accentuant la dépendance européenne au gaz naturel américain tout en fragilisant les équilibres géostratégiques en Asie. La volatilité des marchés énergétiques semble promise à un avenir durablement incertain.



