L'Europe dans l'impasse énergétique : la saison 2 de la crise s'ouvre
Dans la saga de la décarbonation européenne, la saison 2 est lancée avec fracas. Après le choc de la guerre en Ukraine en 2022, le Vieux Continent doit désormais affronter les conséquences du conflit au Moyen-Orient en 2026. Cette nouvelle crise révèle cruellement la persistance de la dépendance énergétique de l'Europe, malgré les promesses de souveraineté.
Le rappel douloureux de la saison 1
En 2022, l'invasion de l'Ukraine par la Russie a brutalement exposé la vulnérabilité européenne. À l'époque, environ 45 % du gaz et 27 % du pétrole consommés sur le continent provenaient de Russie. Pour y répondre, l'Union européenne a lancé le plan REPowerEU, visant à accroître la production d'électricité renouvelable et à diversifier les fournisseurs.
Ce plan a permis quelques avancées, comme une réduction de plus de 15 % de la consommation de gaz depuis 2021 et une production renouvelable couvrant près de la moitié des besoins. Cependant, la souveraineté énergétique reste un mirage. Au lieu de rompre radicalement avec les fossiles, l'UE a simplement reporté sa dépendance sur d'autres régions : le pétrole russe a été remplacé par celui du Moyen-Orient, des États-Unis et d'Afrique, sans réduire la consommation globale.
La saison 2 : le réveil brutal du Moyen-Orient
En 2026, la guerre au Moyen-Orient vient compliquer la situation. Suite à des frappes israélo-américaines contre l'Iran, le détroit d'Ormuz – un point de passage stratégique pour 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL) mondial – est bloqué. Des sites gaziers au Qatar sont également ciblés, perturbant les approvisionnements vers des pays comme l'Italie et la Belgique, et faisant flamber les prix.
Cette nouvelle crise offre pourtant une occasion historique de prendre le virage électrique, pour des raisons à la fois sécuritaires et financières. L'accord conclu en 2025 entre la Commission européenne et les États-Unis, par exemple, impose à l'Europe de tripler ses importations d'hydrocarbures américains, pour une facture astronomique de 750 milliards de dollars. Des fonds qui pourraient bien mieux servir la neutralité carbone.
L'électrification, seule voie d'émancipation
Comme le souligne l'expert Neil Makaroff dans son ouvrage Décarboner ou décliner, la volatilité des prix des énergies fossiles menace directement le niveau de vie des ménages. Il en appelle à un grand plan d'électrification de l'Europe, soutenant le déploiement des voitures électriques, des pompes à chaleur et une réindustrialisation verte.
Pourtant, ces chantiers sont aujourd'hui menacés par des partis de droite et d'extrême droite, engagés dans une guerre contre la voiture électrique et l'éolien. Une opposition qui risque de pénaliser les classes moyennes, premières victimes de la flambée des factures énergétiques en cas de prolongation du conflit.
L'Europe se trouve ainsi à un carrefour critique. Sans une accélération drastique de l'électrification et une réduction de sa dépendance aux fossiles, le continent risque de s'enliser dans une crise permanente. Espérons que la saison 3 ne soit pas nécessaire pour en prendre enfin conscience.



