Crise énergétique mondiale : plafonnement des prix et rationnement se généralisent
Crise énergétique : plafonnement des prix et rationnement

Une réponse mondiale à la flambée des prix de l'énergie

Face à l'envolée spectaculaire des cours du pétrole et du gaz naturel, une multitude de nations à travers le globe, particulièrement dépendantes des hydrocarbures du Golfe, ont déployé des mesures d'urgence pour atténuer les conséquences économiques et sociales. Cette tendance, initialement observée en Asie, gagne désormais plusieurs pays européens confrontés à la même pression sur leurs approvisionnements énergétiques.

Le plafonnement des prix se généralise

La Croatie a annoncé le plafonnement des prix de l'essence et du gazole à compter de mardi, suivant l'exemple de la Corée du Sud qui a instauré lundi un système similaire pour les produits pétroliers. Cette dernière, dont l'économie repose sur une industrie technologique très énergivore, importe environ 70% de son pétrole depuis le Moyen-Orient. En parallèle, la Thaïlande a décidé de plafonner le prix du diesel pour une période de quinze jours, une mesure temporaire visant à calmer les tensions sociales.

La question sensible des réserves stratégiques

Sous présidence française, le G7 Finances s'est déclaré prêt lundi à prendre toutes les mesures nécessaires, y compris le recours aux réserves stratégiques de pétrole pour stabiliser les marchés. Cependant, le ministre français de l'Économie, Roland Lescure, a tempéré cet élan en précisant que « on n'en est pas encore là ». La Commission européenne se veut rassurante, affirmant qu'il n'existe pas de risque de « pénurie imminente d'approvisionnement en pétrole en Europe ».

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Le Japon, de son côté, envisagerait sérieusement de puiser dans ses réserves nationales de pétrole, comme le réclament avec insistance les raffineurs de l'archipel selon l'agence Kyodo. Cinquième plus gros importateur mondial de brut, le pays dispose de stocks impressionnants équivalant à :

  • 254 jours de consommation de pétrole brut (incluant les réserves du secteur privé)
  • Trois semaines de consommation de gaz naturel liquéfié (GNL)

La sécurisation des approvisionnements en GNL

Taïwan a dévoilé un plan ambitieux pour organiser « environ 22 cargaisons de GNL » sur les mois de mars et avril, dont vingt ont déjà été sécurisées, selon les déclarations de Kung Ming-hsin, ministre des Affaires économiques. Sur le marché intérieur, l'objectif gouvernemental est de maintenir une stabilité des prix grâce à une formule de tarification des carburants intégrant des mécanismes d'ajustement dynamiques.

La Corée du Sud a quant à elle assuré avoir obtenu une « livraison d'urgence » de 4 millions de barils de brut via des ports des Émirats arabes unis, contournant ainsi le détroit d'Ormuz, point de tension géopolitique majeur.

Renforcement des contrôles et durcissement des exportations

En France, pas moins de 500 contrôles sont prévus dans les stations-service entre lundi et mercredi pour prévenir les « hausses abusives des prix à la pompe ». Le gouvernement refuse pour l'instant d'envisager des aides publiques directes ou une baisse de la TVA et des accises sur les produits pétroliers.

Parallèlement, plusieurs pays restreignent leurs exportations pour privilégier leur marché intérieur :

  1. La Chine a demandé à ses principaux raffineurs de suspendre les exportations de gazole et d'essence.
  2. La Thaïlande, après avoir sécurisé des approvisionnements pour deux mois, a suspendu ses exportations énergétiques.
  3. La Serbie a annoncé une interdiction des exportations de pétrole et de carburants pour les dix prochains jours.

Les approches divergentes face à la Russie

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban, proche du président russe Vladimir Poutine, a appelé l'Union européenne à suspendre les sanctions contre le pétrole et le gaz russes. Vladimir Poutine a réaffirmé lundi sa volonté de fournir les pays européens en hydrocarbures s'ils optent pour une « collaboration durable et stable » avec Moscou, garantissant notamment les livraisons vers la Hongrie et la Slovaquie, qualifiées de « partenaires fiables ».

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L'Inde continue d'importer du pétrole russe, affirmant disposer de « réserves énergétiques suffisantes » tout en n'excluant pas des « mesures progressives » pour atténuer l'impact. Cependant, son principal importateur de GNL met en garde contre des risques de perturbations, le pays ne disposant que de réserves équivalant à 7-8 semaines de consommation.

Mesures fiscales et rationnement à l'échelle mondiale

Le Vietnam, confronté à des hausses de prix spectaculaires (+21% pour l'essence, +50% pour le gazole), a préparé un décret réduisant à zéro la taxe douanière sur l'importation de carburants jusqu'à fin avril, contre 10% auparavant pour l'essence et 7% pour le gazole et le kérosène.

Le Cambodge a augmenté les prix à la pompe pour trois jours, tout en assurant que le pays dispose de réserves de carburant pour environ trois semaines. Aux Philippines, les services gouvernementaux ont adopté la semaine de quatre jours et doivent réduire leur consommation de carburant et d'électricité de 10 à 20%.

Enfin, des mesures de rationnement strictes sont appliquées :

  • En Birmanie, le gouvernement militaire impose à la moitié des véhicules privés de rester immobilisés chaque jour selon leur plaque d'immatriculation.
  • Au Bangladesh, le rationnement de la distribution a débuté dimanche, provoquant d'importants embouteillages et des premiers incidents violents devant les stations-service.