Crise énergétique : Anna Creti analyse les risques liés au conflit au Moyen-Orient
Crise énergétique : les risques du conflit au Moyen-Orient

Crise énergétique : Anna Creti analyse les risques liés au conflit au Moyen-Orient

Dans un contexte de blocage du détroit d'Ormuz et de bombardements ciblant les infrastructures pétrolières et gazières, l'économiste Anna Creti livre une analyse approfondie de la situation énergétique actuelle. Elle examine l'envolée des cours du gaz et du pétrole ainsi que les défis d'approvisionnement auxquels font face la France et l'Europe.

Une situation différente de l'explosion des prix de 2022

« On a tous en tête 2022-2023, mais les conditions sont différentes aujourd'hui », souligne Anna Creti, économiste et universitaire, experte des marchés gaziers et pétroliers, et spécialiste du climat. « À l'époque, on était au cœur du problème avec les principaux pays dont on recevait une très grande partie de gaz. La Russie était, avec la Norvège, parmi les deux premiers pays importateurs de gaz pour l'Europe », rappelle-t-elle, notant que l'Europe avait été prise au dépourvu.

L'experte précise : « Aujourd'hui, le cours du pétrole dépasse certes les 110 dollars le baril, le gaz se négocie à 63 euros le MGWh… Mais en 2022, ce Méga Watt Heure avait atteint 360 euros. Si l'incertitude domine, on ne vit pas, à cette heure, l'explosion des prix qui pourrait nous faire craindre un vrai choc énergétique à court terme ». Anna Creti est professeur titulaire à l'Université Paris-Dauphine et directrice de la chaire d'économie du climat.

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La durée du conflit, facteur de risque majeur

Pour Anna Creti, l'Europe a tiré des enseignements de la crise de 2022-2023. « Même si nous n'avons peut-être pas mis en place les solutions radicales qui sont celles de l'indépendance énergétique et de la transition bas carbone - 30 % seulement de notre industrie est électrifiée aujourd'hui -, on sait mieux gérer les problèmes d'approvisionnement », estime-t-elle.

Cependant, un des « amortisseurs » mis en place par la France et une partie de l'Europe pour contrer la hausse des cours et les tensions d'approvisionnement, à savoir le déblocage d'une partie des stocks stratégiques, a échoué. « Même si l'on n'avait jamais débloqué autant et aussi vite de stocks stratégiques, cela ne représente que deux semaines de trafic passant par le détroit d'Ormuz - qui, au passage ne voit passer que 10 % des approvisionnements en GNL de l'Europe », explique l'économiste.

« 400 millions de barils, c'est 4 jours de consommation de pétrole dans le monde, c'est 4 mois de consommation de la France. En plus, ce déblocage est intervenu au moment où le conflit s'internationalisait, avec l'attaque d'une base française en Irak… Le fait est que les marchés ont davantage perçu la mauvaise nouvelle que la bonne… » Et si le conflit dure : « On ne pourra que difficilement répéter ce déblocage car il est difficile de reconstituer rapidement les stocks stratégiques », prévient Anna Creti.

Un répit temporaire pour s'adapter

L'évolution des prix et des approvisionnements en énergie gazière et pétrolière dépendra bien sûr de la durée du conflit opposant les États-Unis et Israël à l'Iran, mais l'arrivée du printemps et des beaux jours pourrait permettre à la France et à l'Europe de gagner du temps. « C'est une période où les besoins sont nettement moins importants pour la consommation des ménages », note l'experte.

En cette période, la France et les pays européens peuvent choisir de débloquer une partie de leurs stocks de gaz en fonction des besoins de leurs économies. « Cela permettrait surtout à la France d'avoir quelques mois pour réorganiser son réapprovisionnement pour l'hiver si le contexte actuel perdurait », conclut Anna Creti.

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