La crise au Moyen-Orient relance le débat sur l'indexation des prix de l'électricité au gaz en Europe
La crise énergétique qui secoue actuellement le Moyen-Orient vient brutalement raviver les tensions autour du mode de fixation des prix de l'électricité au sein de l'Union européenne. Un système qui reste, malgré les critiques récurrentes, étroitement indexé sur les cours du gaz naturel. Cette situation préoccupe profondément les industriels énergivores et plusieurs États membres, qui voient dans l'envolée potentielle des coûts une menace directe pour leur compétitivité.
Une vulnérabilité européenne face à la volatilité des marchés fossiles
Le blocage stratégique du détroit d'Ormuz, point de passage crucial pour les hydrocarbures, met en lumière de manière criante le caractère aléatoire de l'approvisionnement européen. Cette instabilité géopolitique souligne paradoxalement la pertinence de l'électrification des processus industriels, mais à une condition sine qua non : que les prix de l'électricité restent compétitifs et prévisibles. « Les incertitudes au Moyen-Orient rappellent, avec brutalité, notre vulnérabilité face à la volatilité des marchés fossiles », a déclaré la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, mercredi dernier.
En France, l'Uniden, qui représente les grands consommateurs industriels d'énergie, estime que l'impact de la guerre sur les prix « confirme la nécessité d'accompagner encore plus l'électrification des procédés industriels ». Le gouvernement français promet d'ailleurs un plan détaillé « au printemps » pour accélérer le déploiement des véhicules électriques, des pompes à chaleur et des fours électriques dans l'industrie.
Un système de prix contesté qui pénalise même les pays décarbonés
Le mécanisme de fixation du prix de l'électricité en Europe est au cœur des critiques. Il est déterminé par le coût de la dernière centrale mobilisée pour répondre à la demande instantanée. Or, lors des pics de consommation, ce sont le plus souvent les centrales à gaz, très flexibles, qui sont sollicitées en dernier recours. Ce système a pour effet de renchérir le prix final de l'électricité pour tous les consommateurs, y compris dans des nations comme la France, où une grande partie de la production provient de sources décarbonées et compétitives, comme le nucléaire.
« En Europe, le prix de l'électricité reste largement déterminé par celui du gaz », rappelle Marc Sanchez, secrétaire général du Syndicat des Indépendants et des TPE, exposant ainsi des professions comme les boulangers ou les artisans aux fluctuations erratiques du marché des combustibles fossiles. Jean-Paul Aghetti, président d'Exeltium, confirme cette influence : « l'envolée du prix du gaz a eu une influence sur l'électricité française ».
Des divisions profondes sur la nécessité d'une nouvelle réforme
Face à cette situation, les appels à une réforme en profondeur du marché européen de l'électricité se multiplient. L'Italie et plusieurs fédérations industrielles, comme Eurofer pour l'acier ou le Cefic pour la chimie, se sont engouffrés dans la brèche. Ils réclament des changements structurels avant le sommet européen sur la compétitivité prévu le 19 mars. Pour Nicola Rega, du Cefic, « l'électrification ne pourra se développer à grande échelle que si l'électricité est abordable et prévisible ».
Pourtant, une réforme du marché a déjà été adoptée en mai 2024, suite à la flambée des prix de 2022. Son objectif était précisément de protéger les consommateurs de la volatilité des énergies fossiles. Aujourd'hui, une coalition de sept États membres, dont le Danemark et les Pays-Bas, s'oppose à toute modification supplémentaire. Ils estiment que le problème ne vient pas de l'architecture du marché électrique, mais bien de la dépendance structurelle de l'Europe à un « gaz importé et coûteux ».
L'Europe, qui entend réduire sa dépendance au pétrole et au gaz, doit présenter un plan ambitieux pour accélérer l'électrification d'ici mai 2026. Le débat, relancé par les tensions au Moyen-Orient, montre que la route vers une énergie décarbonée, compétitive et indépendante des aléas géopolitiques reste semée d'embûches et de profondes divergences d'intérêts.



