Le quotidien financier d'un notaire salarié en France
Chaque mois, Pierre* perçoit un salaire net de 3 800 euros après impôts. Ce notaire salarié, âgé d'une trentaine d'années, exerce dans une ville de taille moyenne située dans le quart sud-ouest de la France. Il fait partie des plus de 4 800 notaires salariés recensés dans le pays, face à plus de 12 500 notaires titulaires, ce qui représente près d'un notaire sur trois. Contrairement au notaire associé ou propriétaire de son étude, Pierre bénéficie d'une rémunération fixe, sans participation aux bénéfices financiers de la structure.
Un parcours classique et une rémunération progressive
Passionné de droit depuis le collège, Pierre a toujours voulu devenir notaire, sans être attiré par d'autres métiers juridiques comme la magistrature ou le barreau. Il a suivi un parcours académique standard : une licence en droit privé, un master en droit notarial, et le Diplôme supérieur du notariat (DSN), d'une durée de deux ans en alternance. Durant sa formation, il touchait environ 1 500 euros mensuels la première année, puis 1 650 euros la seconde, un niveau comparable à celui des élèves de l'ENA à l'époque.
Après l'obtention de son diplôme, Pierre est resté dans la même étude. Il a débuté comme notaire assistant avec un salaire net d'environ 2 300 euros par mois, puis est devenu notaire salarié à 3 200 euros. Aujourd'hui, il perçoit environ 4 050 euros net, soit 5 600 euros brut. Cet écart s'explique par des cotisations spécifiques à la CRPCEN, une caisse de retraite propre à la profession, qui offre des droits calculés sur les dix meilleures années plutôt que sur vingt-cinq.
Des missions exigeantes et une charge psychologique croissante
Dans son étude, Pierre assume des responsabilités similaires à celles des associés. Il reçoit des clients et vérifie la légalité de divers actes, tels que des ventes, des successions, ou des consultations juridiques. Bien que la profession ne comporte pas de pénibilité physique, la charge psychologique est réelle et s'intensifie avec les années. « Plus les années passent, plus les responsabilités s'alourdissent », confie-t-il. Les exigences réglementaires, comme la lutte contre le blanchiment d'argent, et les attentes accrues des clients en matière de rapidité depuis la pandémie de Covid, ajoutent à cette pression.
Malgré ces missions proches de celles d'un associé, Pierre ne bénéficie pas des mêmes avantages financiers, tels que les dividendes. Il perçoit un treizième mois, mais aucun variable lié à ses performances ou aux résultats de l'étude.
Une vie familiale et des dépenses conséquentes
Pierre vit avec son épouse et leurs deux enfants, âgés de 8 et 3 ans. Leurs revenus conjugués atteignent près de 6 000 euros net mensuels avant impôts. En 2023, le couple a acheté une maison d'environ 160 m² avec un grand jardin, pour 320 000 euros, auxquels s'ajoutent 120 000 euros de travaux. Leurs mensualités de remboursement s'élèvent à 1 918 euros.
Leur budget mensuel inclut environ 262,50 euros de taxe foncière, 190 euros d'électricité – en partie dus à une piscine dont la pompe coûte environ 10 euros par jour en été –, 95 euros d'eau, et 73 euros d'assurance habitation. S'y ajoutent 600 euros pour l'alimentation, 160 euros de carburant, 75 euros pour la location d'une batterie électrique, 500 euros pour la crèche, 200 euros pour l'école privée, et divers abonnements. À la fin du mois, le couple boucle tout juste son budget, sans épargne sur des supports financiers, comptant sur le remboursement de leur prêt comme forme d'épargne mécanique.
Des ambitions et des contraintes professionnelles
Pierre aspire à posséder sa propre étude d'ici une dizaine d'années. Cette ambition est réaliste, mais dépend de conditions spécifiques : une recommandation d'un confrère, une succession à la retraite, ou un tirage au sort organisé tous les cinq ans. Le nombre d'études notariales est strictement régulé, contrairement à d'autres professions juridiques comme les avocats, qui peuvent s'installer librement.
Depuis la loi Macron de 2015, le secteur a connu une croissance significative, avec une augmentation de 46 % des notaires libéraux et de 340,9 % des notaires salariés en dix ans. Pierre nourrit donc l'espoir de réaliser son projet, tout en reconnaissant les défis liés à cette profession exigeante et réglementée.
*Le prénom a été modifié pour préserver l'anonymat.



