Une première historique pour la plateforme de petites annonces
C'est un événement sans précédent dans l'histoire de la plateforme. Créé en 2006, Leboncoin n'avait jamais connu de mouvement de grève de ses salariés au cours de ses deux décennies d'existence. Ce mercredi 18 mars, le site français de petites annonces a finalement vu une partie de ses employés cesser le travail, marquant ainsi une rupture dans ses relations sociales.
La réduction du télétravail au cœur du conflit
Jusqu'à présent, la majorité des salariés bénéficiaient d'une politique de télétravail considérée comme très avantageuse, avec seulement un jour de présentiel obligatoire par semaine. Cependant, l'été dernier, de manière discrète mais ferme, la direction a annoncé un changement radical : les 1.500 collaborateurs de Leboncoin doivent désormais se rendre au bureau trois jours par semaine.
Un salarié embauché il y a quatre ans témoigne des difficultés engendrées par cette nouvelle mesure. Installé en Bretagne avec sa famille, il peine à s'adapter à cette obligation de présence accrue.
La direction défend un modèle hybride
Sollicitée, la direction de Leboncoin justifie cette évolution par la mise en place d'un modèle hybride, avec initialement deux jours de présence au bureau, puis progressivement trois jours par semaine. La plateforme affirme adapter régulièrement son organisation pour rester alignée avec ses priorités stratégiques et les dynamiques du marché.
Selon la société, la réduction du télétravail vise à renforcer la collaboration, l'efficacité opérationnelle et la capacité d'innovation de l'entreprise.
L'influence des fonds d'investissement anglo-saxons
Les syndicats pointent du doigt l'influence des fonds d'investissement américain Blackstone et britannique Permira, qui ont acquis en mai 2024 le spécialiste norvégien des annonces en ligne Adevinta, dont Leboncoin est l'une des principales filiales. Pour les grévistes, ce rachat représente un tournant dans la politique managériale.
Un manager interrogé dénonce un passage à un mode de performance, avec des objectifs jugés déraisonnables imposés aux télévendeurs. Il affirme que les fonds d'investissement cherchent à revendre ce fleuron français d'ici deux à trois ans.
Des salaires jugés insuffisants
La question de la répartition de la valeur ajoutée est également source de tensions. Les syndicats estiment que les salaires sont trop faibles au regard des bénéfices générés. Bien que Leboncoin ne communique plus son chiffre d'affaires depuis qu'Adevinta a quitté la Bourse d'Oslo, les organisations syndicales l'évaluent à 550 millions d'euros, avec une marge nette comprise entre 10 et 15%.
Selon les syndicats, environ une centaine de personnes ont participé à cette première grève historique, utilisant ce moyen de pression pour interpeller la direction et les actionnaires sur les conditions de travail et la politique sociale de l'entreprise.



