La crise d'attractivité du management chez les cadres français
« Merci, mais non merci » : telle est la réponse de deux tiers des cadres français lorsqu'on leur propose d'accéder à des fonctions managériales. La popularité de cette fonction connaît un déclin marqué ces dernières années parmi l'ensemble des salariés, mais cette tendance est particulièrement prononcée chez les moins de 35 ans, selon l'étude récente de l'Apec intitulée « Cadres et management : une relation paradoxale, entre satisfaction et désaffection ».
Un désintérêt qui s'accentue chez les jeunes générations
Les chiffres sont éloquents : seulement 35% des cadres de moins de 35 ans expriment aujourd'hui le souhait de devenir manager, contre 63% il y a à peine quatre ans. Cette chute vertigineuse interpelle les observateurs du monde du travail. « Même si le management reste un horizon pour nombre de cadres, la tendance baissière, qui se confirme d'année en année, invite à s'interroger sur les causes d'un tel recul », commente l'Association pour l'emploi des cadres.
Cette désaffection croissante pose des questions fondamentales sur l'avenir de l'organisation en entreprise et nécessite une réflexion approfondie sur les moyens de rendre à nouveau attractive la fonction de manager.
Les principaux freins identifiés par l'étude Apec
Le manque de confiance en ses capacités
Parmi les jeunes cadres qui déclinent les propositions de promotion managériale, 34% invoquent le sentiment de ne pas avoir « la personnalité requise », tandis que 22% estiment manquer de l'expérience nécessaire. Ces doutes légitimes révèlent un besoin crucial d'accompagnement et de formation préalable.
La charge de travail démesurée
Les chiffres parlent d'eux-mêmes :
- 31% des cadres managers déclarent travailler 50 heures par semaine ou davantage, contre seulement 11% des cadres non-managers
- 31% des managers retravaillent fréquemment en dehors des horaires classiques, contre 21% des non-managers
- 51% des managers travaillent régulièrement sous pression, contre 36% des non-managers
- Trois managers sur quatre continuent à penser à leur travail en dehors du bureau
« Les cadres managers sont exposés à une charge mentale accrue », souligne l'étude, ce qui explique en partie leur réticence à endosser ces responsabilités.
La complexification des missions managériales
Les attentes envers les managers se sont considérablement diversifiées ces dernières années. À la gestion des objectifs traditionnels se sont ajoutées de nouvelles exigences :
- Le bien-être des équipes
- Un management personnalisé
- La garantie de la cohésion d'équipe
- L'accompagnement du changement organisationnel
Un tiers des cadres refusant le management citent comme raison principale leur réticence à gérer des individualités et les problèmes relationnels associés.
Les pistes de solutions pour redonner de l'attrait au management
Renforcer la formation et l'accompagnement
Face aux doutes exprimés par les jeunes cadres, les entreprises doivent investir dans un accompagnement managérial structuré :
- Mettre en place du coaching personnalisé
- Instaurer un mentorat régulier avec des managers seniors
- Proposer des ateliers de connaissance de soi et de développement des soft skills
Ces dispositifs permettent de transmettre les codes de la culture managériale tout en rassurant les futurs managers sur leur capacité à évoluer dans cette fonction.
Revoir l'organisation du travail
La généralisation du télétravail a profondément transformé les pratiques managériales, mais crée également des déséquilibres. Actuellement, 37% des managers ne télétravaillent jamais, soit 14 points de plus que les non-managers.
« Pour restaurer l'attractivité, il est crucial d'organiser le service de manière que le manager puisse bénéficier du même équilibre de vie que son équipe », insiste l'Apec. Les entreprises doivent donc :
- Instaurer des seuils de déconnexion stricts
- Recalibrer la charge de travail des managers
- Garantir l'accès au télétravail pour tous les niveaux hiérarchiques
Clarifier et prioriser les missions
Pour répondre aux craintes liées à la multiplication des attentes, les organisations doivent hiérarchiser les objectifs des managers. L'animation du collectif et le soutien individuel peuvent être priorisés au détriment de tâches administratives moins valorisantes.
Former aux compétences relationnelles
L'Apec souligne régulièrement dans ses rapports que la technicité ne suffit plus dans le management contemporain. Les soft skills – comme la médiation, la communication non violente et l'intelligence émotionnelle – sont désormais des piliers indispensables pour prévenir l'épuisement professionnel des managers.
Une fonction qui conserve ses gratifications
Malgré ces défis, le management reste une expérience professionnelle profondément épanouissante pour ceux qui l'exercent. Selon l'Apec, 60% des managers estiment aujourd'hui que leur rôle leur procure autant, voire davantage, de satisfactions que d'insatisfactions.
Ils mettent particulièrement en avant la qualité des relations humaines au sein de leur équipe et la satisfaction de contribuer au développement professionnel de leurs collaborateurs. Il ne reste plus qu'à convaincre les jeunes cadres que le management, lorsqu'il est bien accompagné et correctement organisé, peut constituer une réelle opportunité d'épanouissement professionnel.
La transformation des pratiques managériales et l'investissement dans l'accompagnement des futurs managers apparaissent donc comme des impératifs stratégiques pour les entreprises qui souhaitent pérenniser leur organisation et attirer les talents vers ces fonctions essentielles.



